Les projets en solo d’Alexis Taylor ont toujours marqué une rupture avec l'énergie collective de son groupe Hot Chip, privilégiant des explorations plus intimes. Si ses précédents disques oscillaient entre minimalisme et expérimentation, il semble avoir trouvé ici un équilibre nouveau, plus chaleureux et ouvert. Après avoir cultivé le repli et l’introspection avec son album Silence en 2021, l'artiste change de décor avec Paris in the Spring. Là où son précédent opus se nourrissait d'un isolement volontaire, ce nouveau projet gagne en densité sonore et multiplie les invitations artistiques, témoignant d’une direction musicale toujours aussi exigeante. Enregistré dans le studio de Nicolas Godin (du duo Air) et soutenu par les contributions de The Avalanches ou d’Étienne de Crécy, ce septième opus s'inscrit pleinement dans cet héritage de la musique électronique.

L’album brille par ses duos, notamment sur « Out of Phase » avec Lola Kirke (à écouter ci-dessous) , un hommage mélancolique et singulier à David Lynch porté par des nappes de synthétiseurs oniriques rappelant l’univers d’Angelo Badalamenti. La rencontre avec Green Gartside sur « On a Whim » constitue une autre réussite majeure, jetant avec naturel un pont entre l'esthétique de Scritti Politti et l'approche à la fois intellectuelle et sensible de Hot Chip. Si certains morceaux conservent un rythme suave proche de ses travaux collectifs, l’ensemble souligne à quel point les réflexions douces-amères d’Alexis Taylor sur la crise de la quarantaine s'épanouissent dans ce format solitaire.

L'écriture gagne en profondeur lorsqu'elle explore les tourments intérieurs. Sur le morceau « Your Only Life », Alexis Taylor mêle espoir et inquiétude avec une légèreté qui invite l'auditeur dans son intimité. Le contraste atteint son paroxysme sur « Colombia », d’une noirceur désolante, ou sur « For a Toy », où une mélodie de boîte à musique scintillante se confronte à des paroles empreintes de détresse. Cette fragilité à vif offre un contraste saisissant avec l'optimisme de ses anciens titres, révélant ainsi une part d'ombre plus profonde dans son écriture.

Bien que la reprise de « Wild Horses » des Rolling Stones paraisse un ton en dessous malgré ses teintes délicates, le disque s’achève sur une note dynamique avec « Black Lodge in the Sky », dont le retour à la cadence invite irrésistiblement au mouvement. Sans doute son œuvre solo la plus aboutie à ce jour, *Paris in the Spring* s’impose comme un témoignage émouvant et magistral qui saura faire écho chez ceux d’entre vous qui traversent une période de remise en question.

https://fr.ra.co/dj/alexistaylor/tour-dates

https://alexistaylor.bandcamp.com/album/paris-in-the-spring

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