Le quartet néerlandais de Maastricht poursuit son exploration inépuisable des mondes sonores avec Yatta!, leur quatrième album et peut-être leur déclaration la plus audacieuse à ce jour. Après des années de quête esthétique entre psychédélie asiatique et expérimentation électronique, YĪN YĪN livre ici un disque où la danse devient le vecteur principal de la transcendance.
Yatta! s'inscrit dans une fascination assumée pour l'Italo-disco des années 1970 et 1980, ces productions souvent énigmatiques dont les mystères créatifs restent effectivement non documentés. Ce choix stylistique transforme profondément l'approche du groupe : là où leurs précédents travaux comme Mount Matsu cherchaient la fusion contemplative, ce nouvel album privilégie la viscéralité du groove. Le son reste cosmique, peuplé de synthés planants et de textures oniriques, mais il repose désormais sur des rythmes puissants, terrestres, presque obsédants, même dans les passages plus lents.
"In Search of Yang" ouvre alors l'album sur une note métaphysique : des citations samplées du philosophe Alan Watts sur la dualité yin-yang se déploient sur un rythme disco monumental, accompagné de cordes majestueuses et de riffs de guitare incandescents. C'est un manifeste d'intention, annonçant que la danse ne sera jamais superficielle ici.
"Lecker Song", baigné de soleil, et le rapide et épicé "Yata Yata" s'inspirent davantage des orchestrations de western spaghetti que de l'Italo-disco pure, mais YĪN YĪN cultive précisément cette ambiguïté. Le disque convoque pêle-mêle dub, Afrobeat, psych tropicale, krautrock, sans jamais sembler décousu. Cette alchimie reste leur force distinctive.
Le titre "Elma" distille quant à lui une sublime fusion sitar-funk-disco, rehaussée par des synthés spacieux qui rappellent les meilleurs moments de leurs albums antérieurs. "Night in Taipei" et "Kasumi's Quest" basculent vers des territoires plus noirs, plus évanescents, avec des mélodies qui flirtent avec le film noir atmosphérique.
"Mooncake Melody" conclut l'odyssée en douceur lunaire, un retour contemplatif qui résout les tensions accumulées sans renier l'énergie du disque.
Ce qui est fascinant chez YĪN YĪN, c'est leur constante exploration des quatre coins du monde – et de l'univers – pour extraire des idées sans jamais les forcer. L’album Yatta! consolide cette approche : chaque influence s'intègre naturellement, organiquement, comme si le groupe avait enfin trouvé le prisme idéal pour les réconcilier. C'est l'un de leurs disques les plus enthousiasmants, une danse cosmique qui invite le corps et l'esprit à bouger ensemble.