Sault frappe sans crier gare, comme à son habitude. Chapter 1 nous est arrivé en début de mois dans ce silence assourdissant qui caractérise le collectif britannique, une démarche de mystère délibéré qui se refuse aux tambours médiatiques. Dix morceaux, quarante-trois minutes à peine, pour une déclaration à la fois intime et spirituelle.
Le titre même du projet annonce un propos : il y aura un chapitre deux, peut-être d'autres. Sault se met en position de narrateur patient. Cet album, c'est une respiration dans la frenésie des années précédentes, une série de 43 minutes que le groupe décrit lui-même comme se déployant « avec patience et croyance ». Pas une accumulation de sons. Un protocole. Une liturgie presque.

Chapter 1 s'inscrit dans la continuité de la néo-soul qu'explore Sault depuis ses débuts, mais avec une direction affirmée : les grandes ombres de Stevie Wonder et Marvin Gaye flottent sur ces compositions. On retrouve cette basse souple, enveloppante, qui mène souvent les morceaux, ces cordes qui savent se faire discrètes ou majestueuses selon le moment. La voix n'est qu'un instrument parmi d'autres, jamais surexposée, toujours au service de l'ensemble. C'est une soul qui porte vraiment son nom : une musique qui parle à l'âme par toutes les voies possibles.
La funk et le gospel font surface ici et là, des riffs twangy surgissent, des influences psychédéliques des années 70 percent sous les arrangements, mais rien ne crie. Tout y est murmure, et tout s'infiltre.

L’album Chapter 1 a une vraie cohérence thématique.

Sault revient à ses sujets de prédilection : la spiritualité, la rédemption, la résilience. Mais pas comme des slogans. Comme des questions sans réponses définitives. Et le morceau « God, Protect Me From My Enemies », qui ouvre l'album, plante le décor avec un appel à la protection, une demande humble adressée à quelque chose de plus grand que soi. Les textes fonctionnent souvent comme des mantras, des phrases qui gagnent en puissance par la répétition, par l'inscription dans la durée.
Puis le titre « Fulfill Your Spirit » invite à se réaliser, « Don't Worry About What You Can't Control » propose une forme de sérénité face à l'incontrôlable. « Create Your Prophecy » suggère que nous sommes les architectes de notre propre avenir. Ce ne sont pas des messages de certitude radiante, ce sont des appels à la foi, des affirmations qu'on doit se répéter pour les rendre vraies.

Le morceau « Lord Have Mercy » s'impose alors comme une de ces pièces maîtresses dont Sault a le secret. C'est une lente symphonie, presque plaintive, où les cordes enveloppent une mélodie au cœur douloureux. Les rythmes y sont secs, presque squelettiques, comme des respirations retenues. La voix qui traverse tout ça porte une mélancolie qui refuse de devenir désespoir.
À l'opposé, « Protector » évoque Leon Bridges dans sa richesse vocale, dans son élégance décontractée. C'est un moment où la soul music respire vraiment et où on sent la vie circuler dans les arrangements.

Le morceau qui a donné son nom à l’album « Chapter 1 » se moque gentiment de nos vanités : « Living in your head cause the rent is cheap », soit une critique douce des egos surdimensionnés, des individus qui construisent des châteaux dans leur crâne. C'est du Sault tout craché : une formation qui regarde le monde avec un œil curieux, affectueux et légèrement moqueur.
Puis le titre « Puppet » ferme l'album sur un piano lourd, une ambiance planante presque spectrale. Les paroles résonnent d'une certaine ombre, mais enrobées dans cette douceur piano qui fait toute la signature sonore de l'œuvre.

Chapter 1 n'est pas une mélodie qui séduira à la première écoute. C'est une affirmation qui demande à être répétée, à devenir vraie par la répétition. Le collectif, aidé cette fois par les producteurs légendaires Jimmy Jam et Terry Lewis, a choisi une voie d'introspection, d'épaisseur émotionnelle plutôt que de percussion immédiate.
Après des années de fécondité quasi surhumaine, Sault ralentit le rythme et se demande : qu'est-ce qui reste quand on arrête de faire du bruit ? Qu'est-ce qui demeure quand on écoute vraiment ? Chapter 1 répond avec la patience d'une prière, et avec l'humilité d'une question posée dans le noir.

https://saultglobal.bandcamp.com/album/chapter-1

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