Il y a quelque chose de presque irrationnel dans le concept de l’album The Twelve. Douze musiciennes femmes et non-binaires, sept jours, une île écossaise perdue dans les Hébrides extérieures, et un studio résidentiel face à la mer. Sur le papier, c'est un pari. En réalité, c'est l'un des plus beaux projets musicaux collectifs de ces dernières années.
The Twelve est bien plus qu'un album. C'est un manifeste : celui d'une formation basée à Glasgow fondée sur une mission de représentation équitable au sein d'une industrie où seuls 15% des ingénieurs du son live et 12% des producteurs en studio sont des femmes.
Ce qui imprègne chaque seconde de ce disque, c'est la présence de Lewis. Comme l'a décrit Emma Pollock, l'île est devenue la treizième membre du collectif. Sans intention affichée, le son de l'océan, les crépuscules sur Loch Roag, le vent des Hébrides, tout cela filtre à travers les neuf pièces comme une authenticité brute et sédimentée.
Mais la magie vient aussi du processus rigoureux qui l'a générée car quatre musiciennes par groupe, rotations quotidiennes, des responsables désignés pour maintenir la création fluide. Sur le papier, c'est martial. Mais à l'écoute ? C'est organique et cohérent. Parce que Ray Aggs et Jill Lorean étaient responsables des instruments à cordes à travers plusieurs morceaux, tandis que Susan Bear a ancré les fondations rhythmiques en tant que batteuse et bassiste. Ce lit sonore familier unit l'ensemble, même lors des écarts les plus audacieux.
L'album balance alors entre l'électronique psychédélique et des influences disco pulsantes, du blues rauque inspiré des années 1990 à des arrangements orchestraux scintillants. Cette polyvalence n'est jamais gratuite : elle reflète la rotation des groupes et l'échange constant des rôles en studio.
Les voix dominent avec assurance, du léger et taquin au passionné et brûlant. Les arrangements jouent avec l'exagération et l'humour, transformant une confiance performative en quelque chose de plus profond : une affirmation collective.
Ce qui rend l’album The Twelve si important, c'est ce qu'il représente.
Le collectif Hen Hoose a transformé neuf musiciennes qui ne se considéraient pas productrices en neuf productrices confiantes. Dans un studio dominé historiquement par les hommes, les femmes et les artistes non-binaires ont repris les manettes, pris le contrôle sur les consoles et pris toutes les décisions.
L’album The Twelve se termine non pas en apothéose, mais en méditation inquiète, laissant résonner une légère hantise. Car l’album refuse la résolution facile, Il impose son propre tempo.
Ce disque est donc une célébration de ce qui est possible quand les créatrices se font confiance, quand l'île devient studio, quand le collectif remplace le soliste. C'est puissant, imprévisible, et profondément nécessaire.
https://henhoose.bandcamp.com/album/the-twelve