Pain Olympics est un album avec un gros goût de reviens-y, d’une part parce que les 29 minutes passent naturellement très vite mais aussi car elle sont particulièrement brillantes, et dans un rythme assez effréné avant de subitement écraser le frein.

C’est même parfois un peu déroutant par moment, en ce que les différents morceaux se télescopent avec peu de place pour respirer entre chacun, tout en étant capable de créer un côté très cosmique à leur son en chemin.
Et c’est aussi une vraie déclaration d’intention pour le groupe, étant donné que leur premier album n’était finalement que deux EPs réunis en long format
et celui-ci démontre tout leur savoir faire, notamment sur la version retravaillée du morceau “Bastard Basket”, débarrassée de sa nature rugueuse initiale pour un son plus lourd cette fois.

Malgré son côté erratique ou irrégulier, l’album Pain Olympics trouve tout de même un dénominateur commun dans un certain goût pour le chaos, ainsi que le chant de Zach Choy et la batterie en avant et bien au centre du spectre, mais les autres membres hauts en couleurs, avec notamment le magnétisme de Mohammed Ali Sharar, invoquent quelque chose de plus grandiose, comme une étrange unité de son et d’imagerie qui tomberait en pièces si de trop gros egos étaient à l’oeuvre en même temps. Et qui de mieux pour illustrer ce qu’est l’art-punk en 2020 que Crack Cloud.

Ils ne perdent pas de temps à surprendre avec le premier morceau “Post Truth” qui commence avec un groove post-punk solide et des collages sonores qui sont devenus une marque de fabrique, pour ensuite de transformer en une sorte de chorale de science fiction pour un morceau plus étendu que tout ce qu’ils avait pu composer jusque là.

Il y a des morceaux qui tombent tout cuit dans l’escarcelle du post-punk, comme les titres “Something’s Gotta Give”, la basse imposante de “Favour Your Fortune”, ou la force entraînante de “Tunnel Vision” mais tous ces morceaux dont disséminés entre d’autres relativement plus avant-gardistes.  

L’élément central de l’album est sans aucun doute The Next Fix, très inspiré , plein d’énergie feel good et réhaussé d’un saxophone très efficace.
Et quel plaisir d’entendre un post-punk qui se démarque un peu et innove.

C’est vrai que de ce point de vue ils se démarquent vraiment des autres groupes de cette trempe, tout en convoquant des sentiments  de tristesse, de réconfort, de camaraderie tout en restant très catchy et entraînants.
De la même façon le morceau “Ouster Stew” sort du lot avec des mélodies lumineuses et angulaires qui rappellent un peu les talking heads et un solo de batterie qui fonctionne étrangement bien même auprès de ceux qui n’aimeraient pas ce genre d’exercice ostentatoire.  

Crack Cloud paient même le luxe de vous surprendre jusqu’à la fin, avec un dernier morceau beaucoup plus cinématique, sans rythmique d’aucune sorte et qui ne repose que sur des cordes épiques balayées par des effets étranges et merveilleux à la fois comme une musique de noël et ses cloches dans une brume aussi joyeuse qu’inquiétante.
Voilà en tout cas un groupe qui a su faire transformer le chaos en une forme de beauté.

https://crackcloud.bandcamp.com/album/pain-olympics

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