Pour un musicien électronique et un Dj, Photay compose une musique très personnelle et intime, comme pour son précédent album Onism, qui explorait sa frustration d’être limité à un corps comme seul vaisseau pour voir le monde et du peu que notre espérance de vie nous permettra d’en découvrir, de ce monde. 

Sur cette nouvelle sortie sur le label Mexican Summer, il nous propose de trouver notre tranquillité et paix intérieure, de pouvoir se retrouver face à soi-même sans chercher à tout prix remplir chaque seconde qui passe par quoi que ce soit, même si Photay explique ne pas avoir réussi à totalement le faire pendant la composition de l’album. Il aurait selon lui réussit à être zen sur une moitié d’album et l’autre moitié plus stressé et anxieux et d’avoir réussi à évoluer de cette crainte de passer à côté de quelque chose à davantage de paix et de tranquillité suggère un fort développement émotionnel et psychologique de sa part ces dernières années.

 Effectivement et cela suggère aussi que les albums de Photay ne sont pas seulement des objets musicaux finement conçus mais également des exutoires ayant des fonctions de catharsis et de guérison personnelle pour l’artiste. Et il admet lui-même que les paroles qu’il a écrite pour cet album Waking Hours se révélaient comme des mantras qui lui ont rappelé qu’il avait vraiment besoin de ces deux états émotionnels pour écrire l’album et sans doute de façon plus générale dans sa vie. 

Quand on se penche sur la bio de Photay, il a passé la moitié de sa vie à Woodstock dans l’Etat de New York aux Etats Unis, là où il a grandi d’ailleurs, à profiter d’une vie paisible proche de la nature, tandis que l’autre moitié de sa vie se trouve dans un environnement plus urbain à s’immerger dans une vie artistique noctambule faite de rencontres, d'événements et d’une quête sans fin à s’occuper et à rester productif. 

Un rythme de vie qui contraste grandement avec ce qui s’impose à lui, autant qu’à nous tous d'ailleurs,  en cette période de pandémie et de distanciation sociale.
Et sur cet album, c’est comme s’il reflétait cet équilibre entre ses deux facettes d’effervescence et de calme qui s’impose à lui, et il se plait à y explorer d’autres formes de dichotomies et à flouter les frontières. 

Et si son précédent album Onism, proposait des arrangements de cuivres, d’intelligent dance music glitchy, et de R&B comme formes libres proches d’une sorte d’improvisation canalisée et séquencée, cette fois il y a des éléments saillants de pop vocale, de musique d’Afrique de l’ouest, de musique expérimentale et des pincées de grime et de house industrielle.  

Photay a une relation très ambiguë à la notion de genre et estime que cela aide beaucoup d’être familier avec les genres musicaux mais que cela peut aussi devenir sclérosant lorsqu’on s’y enferme trop longtemps et que lorsque ça devient trop identifiable dans sa musique, ce n’est plus aussi excitant. Beaucoup moins en tout cas que lorsqu’il trouve un juste milieu entre plusieurs genres ou avec des formes musicales qu’il espère, parfois à raison, inouïes. 

Il est difficile à distinguer et identifier que les genres sur ce disque, c’est la frontière entre instruments électroniques et acoustiques.

Les batteries, pianos, guitares et cloches (assurées par le virtuose Carlos Nino) sont souvent triturées et manipulées jusqu’à ne plus les reconnaître. Ils s’accordent alors au synthétiseur Buchla Music Easel dont il a appris à jouer pendant l’écriture de l’album et qui lui a permis de découvrir des joyaux de sonorités et de cadences nouvelles. 

Son propre chant est aussi intégré pour la première fois, et ceci sur le morceau “Is it Right” , avec une tessiture chaude et accueillante qui n’est pas sans rappeler celui d’Arthur Russel, autant que celui de Markus acher de The Notwist.
Pour conclure, le fait que cet album nous parle de paix, de calme et de tranquillité intérieure dans une période de confinement est aussi substantiel que circonstanciel, et c’est aussi l’une des manifestations les plus positives que nous avons trouvé pendant une période que l’artiste Photay Reconnaît lui-même comme fort dramatique. 

https://photay.bandcamp.com/album/waking-hours