Coincé chez lui en Californie pendant les confinements, Chaz Bear en a profité pour se concentrer sur la finition d'un album qu'il avait commencé quelques années auparavant. Plus psychédélique, et reposant davantage sur les guitares et toutes les saveurs de la funk, l’album MAHAL est la suite logique de son album What For ? de 2013, le premier album de Toro y Moi à se pencher sur le rock indé à base de guitares.

Laissant de côté le son pop lisse des deux albums précédents, cette fois Chaz Bear et ses amis montent le volume des amplis et se déchaînent sur une collection de morceaux qui semblent bien loin du son onirique sur lequel il s'est d'abord fait les dents. Le morceau d'ouverture "The Medium" donne le ton, avec un travail de son de guitare lourd, offer par Ruban Nielson d'Unknown Mortal Orchestra, qui se bat contre une rythmique funk solide.

C'est comme si Jimi Hendrix et Sly Stone s'étaient réunis pour concocter le parfait instrumental, et c'est un rappel à l’ordre pour tous ceux qui pensaient que cet album serait lisse et easy listening.

Le reste de l'album continue de défier les attentes, d'explorer le psychédélisme et de filer la chair de poule.

même s'il se rapproche un peu plus du genre chillwave sur des morceaux comme "Magazine" avec son groove aquatique, qui propose le soutien vocale léthargique de Salami Rose Joe Louis, échappé de l’écurie Brainfeeder. Même ce morceau explose en un combat de guitares déchirant les amplis à la fin, comme un gimmick qu’on retrouve tout au long de l’album.

Chaz Bear serpente majestueusement comme s'il cherchait le fantôme de Carlos Santana sur la jam funk décontractée "The Loop", libère les effets pour qu'ils oscillent sauvagement sur la ballade "Clarity", s'envole dans le cosmos comme Prince sur "Days in Love", et laisse les invités Dylan Lee et Hannah Van Loon lâcher quelques solos de guitare sauvages sur "Deja Vu" et "Way Too Hot" respectivement.

Toute cette dose de guitares donne une sensation plus grave et plus immédiate à une grande partie du disque, se mêlant aux grooves détendus et à la voix somnolente de Chaz Bear pour créer un son à la fois tonique et apaisant.

Ce n'est d’ailleurs pas surprenant qu’il propose un mélange de tonique et d’apaisant si l'on considère l'anxiété et la solitude provoqués par les confinements, ça ne peut qu’aider.

Effectivement et l’isolement est d’ailleurs un thème qui apparaît dans de nombreuses paroles de l’album. Après quelques disques où l'on avait l'impression que les machines prenaient un peu trop le dessus, il est rafraîchissant de voir Chaz Bear investir davantage d'excitation et d'imagination dans la musique de son projet Toro Y Moi.

Même les morceaux qui s'éloignent de l’influence de la guitare, comme "Postman" ou le cocktail jazz spatial de "Last Year", montrent les effets du temps et du soin consacrés à l'élaboration des arrangements.

Cela pourrait effrayer certains des fans attirés par le côté pop de Toro Y Moi, mais pour ceux qui apprécient les tournures subtiles de ses premiers travaux - et surtout ceux qui auraient souhaité qu'il s'étende sur son album What For ? Chaz Bear et son groupe sont ici dans leur incarnation la plus excitante, la plus inventive et la plus amusante.

https://toroymoi.bandcamp.com/album/mahal

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