En milieu d’année dernière, Rhian Teasdale et Hester Chambers de Wet Leg ont surgi de nulle part et se sont fait connaître, notamment dans notre émission espoirs, avec leur single "Chaise Longue". Sa combinaison de jeux de mots à connotation sexuelle, de citations du film Mean Girls, de meubles de luxe et de bière chaude - le tout servi avec une ironie très pince-sans-rire, des guitares lancinantes et des refrains scandés - s’est présenté comme un tube de l’été parfait pour les radios rock .

D'une manière ou d'une autre, la musique que Wet Leg nous offrait s'est avérée être celle que beaucoup de monde voulait entendre et ce titre a accumulé des millions de streams et a  atteint la 27e place du classement Billboard Alternative Airplay, ce qui n'est pas un mince exploit pour un groupe jusque-là inconnu.

Il est rare qu'un groupe apparaissent aussi accompli au début de sa carrière, mais sur leur premier album éponyme, Wet Leg offre encore davantage de ces accroches immédiatement mémorables et de ces répliques pleines d’esprit et attachantes. Contrairement à beaucoup de leurs contemporains influencés par le post-punk, le duo se moque de l'absurdité du monde tout autant que de leur propre absurdité d’ailleurs, au lieu de s'en plaindre et d’offrir à écouter leur désespoir.

Ce sens de l'humour est une arme puissante entre leurs mains, et c'est lorsqu’elles s’en prennent à quelque chose ou à quelqu’un qu’elles apparaissent les plus plus assurées sur l’album : sur "Oh No", elles brocardent la peur existentielle de la vingtaine et les hipsters du même âge biberonnés aux réseaux sociaux, avec une telle précision qu’on les verrait très à l’aise sur ces sujets sur une scène de comedy club. Lorsqu'elles règlent son compte à un ex sur des guitares rageuses et des claquements de mains sur le morceau "Wet Dream", la façon dont Rhian Teasdale ricane en lâchant  "qu'est-ce qui te fait penser que tu es assez bien pour te branler en pensant à moi ?”  fait écho à la façon dont les groupes Elastica et Sleeper ont imprimé une marque narquoise, très féminine, au style oh combien mascuilin de la Brit-pop.

Des décennies plus tard, il est toujours aussi libérateur d'entendre ces deux nanas s'en prendre à quelqu'un qui ne les "motive" pas avec un "why don't you just suck my dick ?" bien placé sur le titre "Ur Mum".

Dans l'ensemble, l'album est remarquablement bien équilibré, avec de légères modifications du son et des changements radicaux. Rhian Teasdale et Hester Chambers se lâchent sur des morceaux aussi variés que "Being in Love", qui dépeint le vertige de la romance avec une nuée de guitares et de synthétiseurs et "Loving You", qui utilise sa mélodie et son instrumentation pour atténuer la douleur de ses paroles sur une déception amoureuse.

Lorsque Rhian Teasdale chante au lieu d'utiliser son phrasé habituel, comme sur "Convincing", cela ajoute un autre niveau de culot à leur musique, qu'elles portent à des hauteurs comiques sur un autre morceau remarquable : "Angelica". Si les Wet Leg sont encore en train de se découvrir, on dirait qu’elles s'amusent beaucoup en chemin, et leur premier album confirme qu’elles ne seront jamais qu’un “one hit wonder”.

https://wetleg.bandcamp.com/album/wet-leg

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