Il fallait au moins le flair du label Bongo Joe et la folle inventivité des Meridian Brothers pour que vous entendiez un jour de la cumbia dans cette émission, et c’est chose faite, grâce à la sortie de leur nouvel album Cumbia Siglo XXI. Les Meridian Brothers nous viennent de Bogota et c’est au départ un groupe d’electro-rock futuriste, tête de proue de la scène expérimentale d’Amérique latine. Son fondateur et multi-instrumentaliste Eblis Alvarez écrit, joue, arrange et enregistre les albums du groupe en solo. Et ces albums explorent le folklore latin et ses genres les plus populaires comme le vallenato ou le currulao, associé sous sa houlette à l’électronique, le néo-psychédélisme, le prog rock et la musique de cartoon.

Le titre de l’album est assez annonciateur d’ailleurs sur sa vision très contemporaine voire futuriste du genre et pourtant Cumbia Siglo XXI est intitulé d’après un groupe colombien qui n’est plus en activité et qui jouait une version de cumbia-disco de science-fiction dans les années 80. Les morceaux en sont d’ailleurs volontiers un hommage et le groupe Meridian Brothers en nommant l’album d’après leurs ainés, en font aussi un point de départ pour leur propre exploration de la cumbia. Leur leader et tête pensante Eblis Alvarez mélange alors la folk et la pop colombienne, la cumbia argentine et mexicaine au rock vintage, l’electro experimentale , autant qu’à la funk et aux styles tropicaux.

Comme sur de précédents albums de Meridian Brothers, tels que Salvadora Robot ou encore Suicidas, il s’arme de guitares sinueuses à l’accordage bancal, d’ instruments électroniques principalement et particulièrement cheaps, via une production en mode guerilla, des traitements de la voix inhabi tuels, et un humour assez décapant.

Étonnamment grâce à ses méthodes de percussions qui juxtaposent autant d’organique que de samples et de boucles, toutes passées à moulinette de manipulations de pitch extraterrestres, il n’y a pas un seul morceau qui ne groove pas, aussi expérimentaux soient-ils. Il suffit d’entendre l'électronique hérissée et chiptune qui crée la mélodie de ‘Los Golpeadores de la Cumbia”, ou encore la reprise très personnelle du classique de Dusty Spreingfield “Son of a Preacher Man” sur le titre “Cumbia del Pichaman” avec ses rythmes Barranquilla et ses harmonies Caribéennes pour tomber aussitôt sous le charme étrange de ce groupe colombien.

La musique de Meridian Brothers est militante, hyper chelou, au mouvement cinétique et aux grandes doses de fun. Pendant de longues années, Eblis Alvarez qui a grandi au son de la cumbia a résisté à la pulsion de l’explorer dans son expression musicale. Cela demande une grande connaissance et discipline pour en comprendre les normes, encore davantage pour les transgresser. Et si cet album n’est pas moins barré, loin s’en faut , que ses précédents, sa musicalité est aussi abondante qu’elle est aventureuse. Et même s’il en exagère les traits et la satirise de façon presque affective et familiale, il est en réalité un bel hommage à la cumbia.

https://meridianbrothers.bandcamp.com/

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