A l’époque de son troisième album Ruinism, le producteur Stuart Howard a fait évoluer sa musique en tant que Lapalux du R&B sirupeux et de ses mutations hip hop en faveur d’un design audio plus pointu et tout en déconstructions, plus proches de producteurs visionnaires comme Rabit ou Demdike Stare. 

Il a aussi changé les thèmes qu’il abordait, abandonnant les rêves langoureux pour davantage explorer des réflexions alarmistes sur la mortalité. 

L’album Amnioverse prolonge ses velléités existentialistes avec ce titre en mot-valise qui associe liquide amniotique et univers, faisant référence à un cycle perpétuel et fluide de vie, de mort et de renaissance. 

Cet album nous présente alors son travail d’arrangements le plus complexe et minutieux à ce jour, incorporant des sonorités de synthétiseurs modulaires en des compositions tout en détails qui progressent d’une quasi immobilité à des sections rythmiques fracturées et menaçantes. Les voix restent un élément important de la musique de Lapalux, avec les deux chanteurs invités JFDR et Lilia qui offrent des moments clés de son émouvante introspection, mais cette fois Stuart Howard a ajouté à ses morceaux des fragments de paroles de personnes qui lui sont très proches. 

A certains égards, ces moments sont absolument bouleversants, comme sur le morceau “Earth”  lorsqu’un un homme exprime sa peine de coeur et la morosité du monde à cet instant. Par moments, l’ambiance devient aussi cryptique et atmosphérique que celle développée par le producteur Burial, mais propulsée dans l’espace plutôt qu ‘étouffée sous un oreiller et dans une ambiance moite. 

Sur le morceau “Voltaic Acid”, des rythmiques breakées ressemblant à une jungle barrée surgissent de nulle part après plusieurs minutes d’émotions et de solennité, rendues encore plus acerbes par des séquences de synthétiseurs acides et tourbillonnantes. 

D’autres comme “Momentine” et “Thin Air” se développent sur des rythmiques techno plutôt que de tourner autour, et l’on s’aperçoit alors ques ces sensations de suspense et d’émerveillement sont véritablement le carburant de l’album et maintiennent l’attention de l’auditeur de façon très convaincante.  

Le titre “Limb to Limb” est sans doute le morceau au chant le plus touchant et mémorable, avec la voix de Lilia qui survole avec majesté et sans heurts des breaks pourtant aussi menaçants que désarticulés, tandis que “The Lux Quadrant” est une electro déformée dans la veine de Lanark Artefax ou Objekt, offrant une pause avec le chant élégiaque de JFDR. 

Tout comme l’album Ruinism, Amnioverse est une oeuvre ambitieuse qui ne laisse pas indifférent et qui semble évaluer l’existence dans son intégralité, il est difficile alors de ne pas être touché à son écoute. 

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