Anciennement musiciens de free-jazz dégoûtés d’un milieu prétentieux et sclérosé, les membres de Grizzly Bear ont eu bien raison d’aller chercher un refuge à la taille de leurs nouvelles ambitions dans la folk psychédélique et la pop. Découvert par kanine records en 2004 et le label français Asphalt Duchess en 2006, puis subtilisé ensuite par la prestigieuse écurie Warp, le groupe aspirait alors à jouer dans une cour de récré où des gaillards comme Animal Collective ou Sufjan Stevens avaient déjà pissé dans les moindres recoins pour marquer leur territoire.

Après un premier album intitulé Horn of plenty, corne d’abondance parfois un peu indigeste de morceaux foutraques et lo-fi; et le second effort Yellow House qui voyait le début d’un travail d’épuration sonore, le nombre de leurs fans n’a cessé de grandir. Les influents Radiohead tombent alors amoureux à leur tour de cette musique intemporelle et universelle, les propulsant aux oreilles du grand public et les élevant au rang de « protégés » du groupe anglais.

Mais pour qu’un disque aussi beau et profond arrive dans le top 10 des ventes de disques aux USA (une grande première pour le label warp qui a fêté ses 20 ans cette année), il faut bien plus qu’une tournée avec Radiohead : il faut une certaine dose de génie bien sûr, mais aussi et surtout un tube. Et c’est le titre Two Weeks qui remplit très bien ce rôle ici, avec un clin d’œil à s’en faire péter la paupière au groupe de surfers le plus connu du monde : Les Beach boys bien entendu.

Grizzly Bear en 2009, c’est aussi la mélancolie de la country et de l’americana d’un Neil Young ou de Midlake particulièrement audible sur le titre le titre About Face, tandis que les guitares d’I live with you  rappellent un Jeff Buckley moins ostentatoire.

Pour autant, et c’est là le tour de force du succès de cet album auprès du grand public américain, le groupe n’a pas renoncé à l’étrange et aux ruptures dissonantes comme en témoigne le morceau Hold Still.

Des titres comme While you wait for the others ou foreground donneraient la chair de poule aux plus imberbes d’entre vous et ce dénuement voix / piano n’est pas sans rappeler un certain Anthony Hegarty.

L’orfèvrerie des arrangements et de la production est ici sans égale avec notamment des reverb sublimes et un travail sur les voix comme sur le fabuleux refrain du morceau Ready Able et ses mouvements de choeurs retravaillés tout en cut qui n’ont pas fini de hanter l’auditeur.

L’album Veckatimest  se révèle donc comme une célébration de la lenteur et une révélation de l’étendue du talent de ces américains qu’on n’attendait pas forcément là aujourd’hui. La précision et la minutie s’entend et se ressent à chaque instant et je suis quasi certain que cet album se retrouvera à une bonne place dans nombre des fameuses listes des disques de l’année.

 

 

Ecouter sur myspace : www.myspace.com/grizzlybear

 

Vidéos :

 

 

Tracklist :

 

01 "Southern Point"
02 "Two Weeks"
03 "All We Ask"
04 "Fine for Now"
05 "Cheerleader"
06 "Dory"
07 "Ready, Able"
08 "About Face"
09 "Hold Still"
10 "While You Wait for the Others"
11 "I Live With You"
12 "Foreground"