BC Camplight c’est le projet de Brian Christinzio, un américain qui avait trouvé son salut et l’amour à Manchester mais qui a du être déporté aux USA en 2016, son visa ayant expiré. S’en est suivi l'aggravation d’une condition psychologique déjà compliquée et évidemment une grosse dépression qui l’a cependant aidé à écrire l’album Deportation Blues sorti sur Bella Union en 2018. 

A présent Brian Christinzio est revenu en Angleterre mais son blues post-déportation est toujours bien là, tout comme ses problèmes psy qui n’ont pas été aidé par la mort soudaine de son père. 

Mais en plus de retrouver l’environnement dans lequel il se sent le mieux, l’autre bonne nouvelle c’est qu’il n’a rien perdu de ses traits d’esprit et de son humour noir sur son troisième album sur Bella Union, intitulé Shortly After Take Off. 

Sous le nom de BD Camplight, Brian Chistinzio écrit des chansons lettrées, discrètes, drôles et sombres à la fois, à propos de sa vie et à la manière de Stephin Merritt de Magnetic Fields ou de Father John Misty, même si sa sensibilité  pop rappelle davantage la sophistication de Brian Wilson ou de Todd Yundgren, avec cependant une tendance synth punk marginale. 

Cet album arrive en complément de ce qu’il appelle sa trilogie de Manchester, et le spectre de la mort de son père prend une place importante au sein de ces pop songs énigmatiques. 

Une atmosphère mystérieuse reste en suspension à la façon d’une brume tout au long de l’album, qui nous surprend par des sursauts mélodiques, harmoniques, et de zizanie inattendue. 

Brian Christinzio est un maître en terme de structuration de morceaux, capable de faire monter la tension et le malaise dans l’unique but de les contraster par une élévation magnifique sur le refrain du premier morceau de l’album qu’on vient d’écouter à l’instant “I Only Drink When I’m Drunk”. 

Le merveilleux “Back To Work” connaît le sort inverse, en proposant des couplets cinématiques, qui font référence autant référence à sa mère qu’au film Die Hard dans un falsetto qui s’envole avant de renverser l’équipage dans un refrain boueux et balbutiant un martial “Back to work, back to work , back to work” qui sera sans doute la bande son du déconfinement. 

“Cemetery Lifestyle” est un autre morceau fort, qui se pose comme le morceau le plus enlevé et qui propose une production facétieuse et loufoque, avec des s ons de claviers casio un peu cheap, un theremin, un orgue très surf music et un charme ludique à la Harry Nilsson. 

Shortly After Take off est donc un album écrit à coeur ouvert et déterré du cimetière de la pop musique, et un album qui ressemble fort à l’accomplissement de la musique que Brian Christinzio a cherché à composer toute sa carrière.