Les Fcukers s’en battent les steaks, et vous invitent en musique, avec leur premier album *Ö*, à délaisser toute retenue sur un dancefloor baigné de néons. Si vous espériez un premier album fait de courtoisie et de révérence, vous risquez fort d’être surpris.

Le groupe débarque en effet comme quelqu’un qui installerait des enceintes géantes dans une soirée au casque : les basses en avant, le bâtonnet fluorescent brandi tel un étendard guerrier. Oubliez toute subtilité, ce disque est impétueux et joyeusement désinvolte, délaissant les synthétiseurs vaporeux pour des rythmes moites qui capturent l’euphorie d'un club à son paroxysme. L’objectif n'est pas d'impressionner par une quelconque profondeur intellectuelle, mais de vous faire bouger jusqu'à en oublier le monde extérieur.

Dès le premier morceau, « Beatback », produit par Kenneth Blume (alias Kenny Beats), on sent que la retenue est superflue. La ligne de basse bondissante et les synthés obstinés palpitent comme un cœur en surrégime, tandis que les paroles agissent comme une provocation malicieuse. Les titres suivants creusent ce sillon, rappelant ces instants lors d’un DJ set où la foule décide à l’unisson que la nuit doit se prolonger. Avec « If You Wanna Party Come Over to My House », l’album vous pousse physiquement vers le centre du dancefloor, tandis que « Play Me » sonne comme un hommage appuyé aux rythmiques frénétiques de la drum and bass d'époque.

« Butterflies » offre une rare parenthèse de tendresse adressée à un amant potentiel, mais même ici, la pulsation ne s’interrompt jamais. « Shake It Up » défie quiconque de rester de marbre avec un clin d'œil si appuyé qu'on le sent vibrer dans sa colonne vertébrale. « TTYGF », en collaboration avec le rappeur montréalais Skiifall, temporise en ragga dub style après une première partie effrénée.
C’est l’équivalent sonore d’un passage par le fumoir après plusieurs cocktails : on est un peu étourdi, mais toujours plongé dans la fête.

Et même si ça ralentit légèrement l’élan du disque, l’ensemble conserve une gestion exemplaire du rythme parceque le titre « Lucky » apporte une décharge d’adrénaline, tandis que « Lonely » et « Getaway » permettent de respirer, effleurant des tonalités plus contemplatives sans jamais briser la dynamique.

Le dernier morceau, « Feel the Real », boucle l’ensemble sur une note plus posée et réfléchi, c’est le soupir de soulagement d’un disque qui a passé son temps à exiger le mouvement.

Le génie de l’album *Ö* tient à son aplomb. Point de prétention à réinventer la musique ou à dominer les classements de ventes, le groupe prend simplement du plaisir, et le fait avec une audace rare. Les Fcukers signent une œuvre effrontée mais d’une précision musicale chirurgicale. Cette énergie provocatrice et ces brèves incursions dans des territoires plus brumeux semblent parfaitement délibérées.

Si l'on veut trouver un défaut, il reste mineur : la seconde moitié s'essouffle un peu avec le détour imposé par « TTYGF ». Mais quand « Feel the Real » se referme, il est évident que les Fcukers ont livré l'album le plus réjouissant de l'année. En moins de trente minutes, le groupe nous rappelle qu'une cadence qui refuse de nous laisser immobile est parfois la seule chose qui vaille la peine d'être recherchée.

https://fcukers.bandcamp.com/album/-

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