Après le sacre de son album It Is What It Is aux Grammy Awards, Thundercat élargit son horizon artistique en s'entourant d'une galerie de complices aussi prestigieuse qu’éclectique. Aux côtés de ses alliés historiques, Flying Lotus et Taylor Graves, gravitent désormais des figures telles que Gerald Albright, Beck ou encore Haley Joel Osment, dans un esprit de collectif rappelant l'aventure Was (Not Was). Au sommet de cette architecture sonore trône Greg Kurstin, artisan de succès mondiaux pour Adele ou les Foo Fighters. Bien que cette alliance puisse surprendre, elle s'appuie sur un socle commun : une formation solide au sein de la scène jazz de Los Angeles et une première collaboration remarquée sur le titre « Cracker Island » de Gorillaz.

Riche de neuf titres façonnés avec Greg Kurstin, l'album Distracted ne cède en rien aux sirènes de la pop commerciale mais s'impose plutôt comme la synthèse la plus aboutie de l'artiste, fusionnant avec brio funk acrobatique, soul soyeuse et rock feutré. Le disque se déploie comme une chronique intime, un voyage émotionnel partant des tourments du cœur et de l'autocritique pour atteindre une plénitude romantique, moment de grâce où le musicien, dans un élan lyrique, se rêve en « soldat de l'espace » pour sa muse spatiale, avant que cet équilibre ne se rompe pour replonger dans un désordre sentimental.

Il y a plusieurs pièces d'orfèvrerie issues de sa collaboration avec Greg Kurstin.

On retient la mélancolie vaporeuse de « I Wish I Didn't Waste Your Time », l’énergie rythmique de « This Thing We Call Love » avec Channel Tres, ou encore le duo éthéré avec Willow, « ThunderWave ». Greg Kurstin a également apporté la touche finale à « She Knows Too Much », une ébauche habitée par l'esprit de Mac Miller et entamée peu après l'époque de l'album Drunk. L'album est complété par d'autres pépites, comme la rencontre avec Tame Impala sur « No More Lies » qu’on vient d’écouter, un morceau funk à la nonchalance trompeuse qui s'inscrit parmi ses plus grandes réussites. Enfin, les ballades conçues avec les Lemon Twigs évoquent l’élégance de Burt Bacharach, ponctuant le récit de métaphores singulières sur la difficulté de dompter ses sentiments, comparés à des enfants que l'on ne peut laisser conduire sans risquer l'accident.

Cette oscillation permanente entre humour absurde et détresse profonde demeure la signature de Thundercat, une dualité plus palpable ici que sur ses précédents opus. L'album s'ouvre sur « Candlelight », un hommage délicat à la promotrice disparue Meghan Stabile, pour se clore sur les tonalités sombres de « You Left Without Saying Goodbye ». On y découvre un artiste épuisé par les exigences de son métier, qui, entre deux confidences sur son surmenage, s'amuse de l'idée de monnayer des clichés de ses pieds pour assurer sa subsistance. Malgré cette noirceur apparente, Thundercat transforme sa douleur en une joie lumineuse, portée par son chant de contre-ténor céleste et ses lignes de basse sinueuses qui enlacent magnifiquement chaque composition.

https://thundercat.bandcamp.com/album/distracted

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