Existe-t-il un groupe actuel plus controversé que Fat White Family ? Ce groupe formé en 2011 dans un squat du quartier de Peckham à Londres, le groupe est connu pour ses frasques urinaires sur scène, ses bastons avec Joe Talbot, le leader d'IDLES, et ses concerts subversifs à Glastonbury, alimentés par toutes sortes de drogues. Mais ils sont également connus pour leurs poèmes évocateurs et émouvants, leur intérêt sérieux pour l'art et l'activisme, et leur livre best-seller du Sunday Times, intitulé Ten Thousand Apologies, Fat White Family and the Miracle of Failure, d'une honnêteté et d'une autoflagellation féroce, coécrit par Lias Saoudi, le leader du groupe, et Adelle Stripe.Astucieusement décrit comme un « groupe de drogués avec un problème de rock » plutôt que l’inverse.

En évoquant un concert en tête d'affiche à la Brixton Academy, qu’ils ont joué la tête pleine de speed, de MDMA, d'acide, de champignons, d'héroïne et d'alcool, Lias Saoudi admet qu'en essayant de réussir, il a pratiquement ruiné sa vie. Quel genre de groupe a donc ressuscité ici, quatre ans après leur dernier album ?

En surface, pour commencer les singles prépubliés de l'album étaient plein d'influence art-déco et de cette indéniable voix traînante de Lias ; 'Religion for One' a fait son apparition en 2023, dépeignant l'espace égoïste, paranoïaque et hallucinatoire qu'occupe souvent le toxicomane. Cette hypnose inquiétante se retrouve tout au long de l'album, s'animant sur des rythmes disco, un jazz endiablé et une poésie somnolente.

Le titre “Today You Become Man” est difficile à écouter deux fois à la suite, mais sa diarrhée verbale est intense et nécessaire, documentant fiévreusement la circoncision du frère aîné de Lias Saoudi. L'enfance tumultueuse et fragmentée des frères Saoudi, partagée entre une Irlande du Nord raciste pendant une période trouble et une Algérie très portée sur les traditions, donne aux paroles de Lias Saoudi un côté William Burroughs en technicolor.

Il y a de quoi s'amuser à chaque tournant de l’album comme avec le titre « Feed The Horses » notamment qui utilise des guitares de cow-boy et des rythmes galopants pour décrire une Grande-Bretagne cauchemardesque caractérisée par le manque ; le morceau « What's That You Say » qui rebondit de manière ludique entre des mélodies de synthé insolentes, des voix rigolotes façon Disney mais à l’asile de fou, un paysage sonore sulfureux et une ligne de basse solide, et il y a aussi « Work », le point culminant de l'album, transformant une basse gémissante et des cordes élégantes d'un couplet entraînant et vertigineux en un refrain hyper-maniaque.

C'est un disque de drogue, certes, l'un des meilleurs de l'histoire récente de la musique, qui crache de plus en plus de lumière au fur et à mesure qu'on s'y attarde. Mais c'est aussi une critique poussée et distinctement nuancée des structures qui façonnent nos pensées, nous maintiennent bien en place, contrôlées par l'élite privilégiée qui ne parvient pas à séparer l'éviscération de l'approbation.

Le groupe a mis le feu à cette mentalité sociopolitique changeante et universelle, propagée par une action collective illusoire et des qualités industrielles de honte, pour paraphraser Lias. Bullet of Dignity' en est l'illustration directe, aux côtés d'un disco-grunge triomphant qui narre tout L'effroi éco-politique de notre époque.

https://fatwhitefamily.bandcamp.com/album/forgiveness-is-yours

Documentaire

Dernière émission

Nouveautés

Playlists du mois