Sur leur premier album sans le guitariste Dave Konopka, Battles se réinventent à nouveau avec une série de titres qui les voient encore une fois faire fi des frontières musicales. Mais cette capacité à prolonger et renouveler à la fois leur identité sonore ne date pas d’hier puisqu’il y avaient déjà été contraints après le départ de Tyondai Braxton qui a suivi l’album Mirrored, ce qui avait fait voir le jour aux expérimentations défoulatoires de l’album Gloss Drop. 

Sur ce nouvel album Juice B Crypts, on perçoit donc comme une nouvelle renaissance. A présent en duo, Battles nous fait une démonstration de mélange de synthèse et de guitares virtuose pour Ian Williams et de batterie acrobate et structurée pour John Stanier. Et tandis qu’il y a quelques moments où l’on arrive à distinguer ce qui vient d’une guitare de ce qui vient d’un synthé, le plus souvent l’origine des sonorités n’est pas particulièrement évidente à défnir et pourrait même faire l’objet d’un quizz pour mélomanes avertis. Et cela contraste avec l’inimitable jeu de batterie de John Stanier, à la fois puissant et complexe, particulièrement sur le titre qui a donné son nom à l’album.

Les deux musiciens sonnent plus agiles que jamais sur les instrumentaux “Ambulance” et son étude sur l’énergie et l’entropie ainsi que sur le titre “Fort Greene Park”, qui révèle une facette plus poignante de leur mélodies erratiques et de leur rythmiques désarticulées. Tout comme sur l’album Gloss Drop, le duo a travaillé avec une grande variété de chanteurs différents, qui donnent chacun une saveur très différente à des morceaux qui apparaissent pourtant appartenir à la même famille. 

C’est aussi le premier album de Battles enregistré à New York, et ils célèbrent judicieusement leur ville d’origine et son héritage de musique kinétique qui suscite la réflexion en invitant Sal Principato du groupe Liquid Liquid sur le morceau “Titanium 2 Step”

Effectivement on l’entend encourager le duo tandis qu’ils se lancent dans une chevauchée disco-punk qu’ils désagrègent autant qu’ils reconstruisent en des formes aérodynamiques différentes. 

Et Jon Anderson du groupe Yes et le groupe taïwanais de folk expérimental Prairie WWWW apparaissent comme les invités idéals du morceau “Sugar Foot”, soit le plus loufoque et progressif depuis l’album Mirrored.

De son côté le duo de rapeurs Shabazz Palaces les défient de rester sur un rythme un tant soit peu constant sur le morceau “IZM” qu’on vient d’écouter, et qui laisse entrevoir de toutes nouvelles directions pour leur musique.

Ailleurs, ils explorent jusqu’où ils peuvent étirer les mêmes concepts sur des morceaux en 2 parties avec des chanteuses à l’univers singulier. Ainsi ils challengent autant l’auditeur qu’ils tentent ensuite de le charmer sur “They Played It Twice” featuring Xenia Rubinos, et feront un jeu de miroir ce morceau avec Merill Garbus de Tune Yards sur le titre “The Last Supper On Shasta” qui se termine sous un torrent de bleeps et de batterie échevelée avant que des accords de pianos enfantins effacent totalement tout ce grabuge.

Avec seulement 40 minutes de musique, ce nouvel album de Battles peut paraître concis mais il est à la fois si dense, complexe et engageant, qu’il faut s’y reprendre à plusieurs fois et le considérer dans son ensemble pour véritablement en tirer la meilleure expérience qui soit.

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