Quand le producteur et percussionniste Nicola Cruz a sorti son merveilleux premier album Prender el Alma pour le label ZZK, il offrait à entendre une nouvelle incarnation de musique latine qui rendait hommage à l’histoire de l’amérique du sud et en particulier à la culture et au folklore équatoriens tout en y intégrant une électronique au service de ses créations très organiques. Il a alors baptisé cette musique “Andean Step” et a construit ses morceaux couches par couches, instruments par instruments et boucle par boucle en explorant les cosmologies Afro-latines en les rendant aussi apte à l’écoute de casque ou domestique que sur le dancefloor.

Quatre ans plus tard, Nicola Cruz va encore plus loin et plus profond avec son nouvel album Siku. Il y abandonne une partie de l'électronique qui caractérisait ses précédents travaux pour recentrer ses rythmiques et ses mélodies davantage sur les instruments organiques. “Siku” fait référence aux anciennes flûtes de pan faites de morceaux de bambous qui étaient et qui sont toujours jouées par les indigènes d’equateur.

L’album a été composé lors de ses tournées à travers le monde et avec l’aide de différents collaborateurs. Le premier morceau atmosphérique “Arka” utilise plusieurs pistes de flûtes de pan syncopées et utilisées de façon rythmique jouées par Esteban Valdivia, un anthropologue et multi-instrumentiste de renommée mondiale. Les mélodies puissantes des flûtes de pan en cadences polyrythmiques sont alors renforcées par une batterie martiale.

Le morceau qui a donné son nom à l’album utilise des synthés house, une basse profonde et des boucles sautillantes qui donne un effet plus pop à cette musique qui reste cependant à sa frontière. La Cumbia colombienne est au coeur du morceau “Hacia Delante” avec le chant de l’artiste Chato. Nicolas Cruz collabore ensuite avec le chanteur brésilien Castello Branco sur le très poétique et agile “Criançada”, chanté en portugais, sa mélodie romantique flottant sur une somptueuse rythmique samba. “Voz de las Montañas” est une collaboration avec le duo suedo-colombien Minük qui regorge de pistes rythmiques texturées et d’ambiant. “Siete” a été omposé avec les vétérans Mauricio, Julio et Pablo Vicencio du groupe de folk Altiplano de Chile, et nous donne à entendre une sitar avec de subtiles et aériennes flûtes bansuri sur des percussions brutes de caisses claire et congas entre autres. Avec les mêmes musiciens, “Obsidiana” donne davantage dans la guitare, les sitars et quelques notes de claviers à la marge mais c’est un morceau davantage porté sur la rythmique avec pléthore de batteries et percussions (en particulier un vibraphone jazzy) tandis que le morceau final est une orgie de balafons africains joués par le portugais Marcio Pinto.

A la première écoute, l’album Siku peut apparaître plus éparpillé ou dispersé que le précédent mais c’est pourtant loin d’être le cas. Il vagabonde davantage certes mais il est surtout moins centré sur la culture clubbing mais davantage sur ce qui fait le liant et l’élément décisif de la musique, soit le rythme.

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