Pardonnez d'emblée mon manque d'objectivité, voilà un artiste qui ne m'a jamais laissé insensible. Des heures et des heures d'écoutes qu'on n'oublie pas, un univers totalement prenant, rempli de vagues et d'une chaleur toute particulière. 

Précurseur reconnu de la musique downtempo, Bonobo alias Simon Green revient pour notre plus grand bonheur. À 18 ans, l'anglais parcourait déjà les clubs de Brighton avec son single «Terrapin» (2000). Bassiste et contre bassiste de formation, l'hurluberlu a prouvé son talent dans l'art de l'arrangement instrumental. Producteur et compositeur chevronné, l'homme travaille, en studio, au saupoudrage élégant de tous ses instruments pour créer un univers musical complet et «ultra» efficace.
 
Remarqué premièrement par Robert Luis, créateur du label Tru Thoughts, il signe ensuite un contrat chez Ninja Tune en 2001, qu'il renouvelle depuis. L'album très calme et trip-hop Animal magic sorti en 2001, autoproduit et façonné par l'artiste, avec des morceaux de grande classe comme «Terrapin», «The plug» ou «Sugar Rhyme».

Dial «M» for Monkey en 2003 où l'animal montrait une patte artistique plus rythmée, régulière et  cinématographique avec «Noctuary», «Flutter» ou «Pick Up».

La même année, un autre artiste de chez Ninja, Hint, sortait un album unique Portakabin Fever, dans les mêmes tons.

Après deux albums totalement instrumentaux, Days to come (2006) avait répondu à l'attente et à la curiosité des fans. Un album au groove indéniable, de plus en plus orienté vers le jazz et la black music des 70's. Une instrumentation riche, une acoustique chaleureuse et un sens de la mélodie à la fois rétro et moderne. Des featurings remarquables où les voix soul et suaves de Bajka Pluwatsch («Between the lines» et le fabuleux «Nightlite») et blues de Fink («If you stayed over») venaient bonifier l'ensemble.

Il s'entoure alors de la chanteuse Kathrin Deboer, du batteur Jack Baker, du pianiste Simon Little, du saxophoniste Ben Cooke, du guitariste Ewan Wallace et du percussionniste Andy Wilkins pour former un groupe live jouant en Europe et aux USA.

Nous voici donc en 2010, l'album Black Sands décide de pointer le bout de son nez. Autant dire que le petit était attendu depuis un bail.

Reçu par les critiques soit comme l'album le plus abouti de l'artiste soit comme trop timide, on commence sur une touche orientale avec le prélude de «Kiara». On y retrouve violon lancinant, piano et basse.

La douceur du prélude laisse place au beat entêtant de «Kiara», des bips vintages et une envolée proche du break beat. Pour l'instant, rien de bien nouveau mais toujours aussi efficace.

«Kong» nous plonge alors dans une mélodie dont seul l'artiste a le secret, un riff de guitare et une basse parfaitement posées, des chœurs planants et la machine qui intensifie les vagues. Ici, on se sent plus proche de l'abstract, le rythme est plus soutenu et plus poussé. Du bonheur !

«We could forever» est du même acabit, une envolée joyeuse où tous les instruments donnent le ton.

Des sonorités tribales pour «Animals» avec une flûte envoutante.

«El toro» est une sorte de rumba revisitée, douce et accrocheuse.

«All in forms» fonctionne à la sauce Bonobo. Un beat régulier et entêtant dirigé par la batterie, la basse ou la contrebasse. Accompagné par des instruments à cordes et à vents, une voie sourde et profonde. Un tempo d'une douceur palpable et précise qui monte et invite au voyage et à l'apaisement.

«Eyesdown» démarre sur une rythmique rapide et ambient, avec une batterie plus poussée. Bonobo inaugure ici une nouvelle collaboration avec Andreya Triana. La belle dame à la voix soul s'occupe des parties vocales de l'album. Dans le dansant «Wonder When», elle montre son sens du rythme, se rapprochant du free-jazz.

On la retrouve dans le succulent «The Keeper», un xylophone tout en longueur, une ligne de basse et de contre basse envoûtantes. Le tout rentre dans la tête sans problème.   

«Black Sands» clôture le tout par une fanfare de sept minutes, romantique et presque funéraire.

Au final, l'album confirme la créativité du musicien, onze pistes aux intensités variables dont on ne se lasse pas.

La plus grande réussite de l'homme tient au fait que sa musique est intelligente, à la fois contemplative et exaltante, traditionnelle et moderne, vive et profonde.

Bonobo mérite le trophée du sensible, du subtil et de la vibration crépitante.

Chapeau l'artiste !
 
Label: Ninja Tune
 
 
 
Tracklist de Black Sands
01 Eyes Down
02 Kiara
03 All In Forms
04 The Keeper
05 Polack
06 Animals
07 Sun Will Rise
08 Kong
09 The Things That I Do
10 Edu