Izzy Glaudini, Halle Saxon et Lola Dompé ne connaissent manifestement pas le repos. L'album Is It Now? constitue en effet leur troisième opus en cinq ans, entre tournées en première partie d'IDLES, Tame Impala et The Marias, et projets personnels divers. Le trio de Los Angeles apporte sa touche moderne singulière, sa puissance politique et une bonne dose d'humour noir à ce nouvel album sorti via le label Stones Throw.
Automatic refuse de se plier aux conventions de la scène indie. Cette liberté éclate dès le morceau d'ouverture "Black Box" qui affiche un aplomb extraordinaire, mélangeant sans effort apparent des rythmiques bossa nova avec une ligne de basse irrésistible. La réverbération synthétique sonne aussi fraîche aujourd'hui qu'elle l'aurait été dans les années 80. La basse de Halle Saxon porte les premières ruptures des morceaux d'ouverture, avec une maturité ludique dans la façon dont elle soutient les mélodies.
On imagine d'ailleurs le plaisir qu'ils ont dû prendre à la table de mixage, multipliant les expérimentations : instruments à vent et sirènes sur "mq9", glissements synthétiques sur "The Prize", explorations punk sans retenue sur le titre qui a donné son nom à l’album.
L'influence de la new wave des années 80 traverse tout le disque, particulièrement sur des morceaux comme "Don't Wanna Dance" où l'on décèle un soupçon de Blondie, comme si les aspects les plus sombres de Debbie Harry avaient pris plus de place. Les voix languissantes créent une ambiance mélancolique, et l'ironie n'échappe à personne : ce titre n'a pas été conçu pour faire danser.
Cette tension entre mélancolie urbaine et énergie synthétique irrigue tout l'album, de la synth-pop intelligemment conçue de "Lazy" aux observations sociales acerbes de "PlayBoi" sur les aspects les plus sordides des rues urbaines.
Le groupe excelle dans l'art de créer des atmosphères dystopiques sans perdre en accessibilité. "Smog Summer" est aussi brumeux que son titre le suggère, tandis que "Country Song" offre une lamentation post-punk imprégnée de synthés sur l’exode urbaine, un clin d'œil évident à la façon dont le groupe a géré sa vie personnelle après des tournées éprouvantes. Le titre de clôture "Terminal" vient sceller ce parcours urbain avec une musique perturbante qui progresse jusqu'au tout dernier battement.
Automatic va là où d'autres se retiennent et il n'y a pas de formule toute faite pour ce genre d'artistes. L'album Is It Now? traverse une variété considérable d'instruments, d'échantillons et de boucles, créant un son qui emprunte autant à ESG et New Order qu'à Kraftwerk. Le trio de Los Angeles s'affirme pleinement avec cet album qui confirme son statut d'ovni de la scène synth-punk américaine.
https://automatic-band.bandcamp.com/album/is-it-now