Maîtrisant l'art du timing tout en nous apprenant la patience comme seuls les Berlinois savent le faire, le trio Moderat revient après une pause de six ans avec son quatrième album, MORE D4TA et l'attente en valait la peine. Apparat et Modeselektor sont une quintessence du tripartisme : composés ou divisés en trois ; ils sont triples, une unité où tous les trois sont à la fois artiste, producteur et ingénieur du son.

Avec cet album comme une galerie de morceaux, il n'est pas surprenant que MORE D4TA ait été lyriquement inspiré par les van Eycks, Vermeers et Botticellis vus par Apparat lors de ses voyages avec sa fille en bas âge au musée de la Gemäldegalerie de Berlin. Le premier morceau de MORE D4TA, "Fast Land", donne le ton avec un synthétiseur bancal et un beat clairsemé, empilant des couches d'expériences sonores déformées et de sons instables. Les filtres s'ouvrent, les parties dérivent et, les lignes de synthés flottent parmi leurs tonalités comme des électrons autour d'un noyau.

Des gazouillis crépitants suivent sur "Easy Prey", avec son rythme de toms électroniques et, en comparaison, un pad de synthé plutôt simple et moins menaçant. Le groupe est depuis longtemps lié à Radiohead; il compte Thom Yorke parmi ses fans, et les influences réciproques se retrouvent dans les voix décalées de l'accroche.

L'album s'installe ensuite dans un groove techno plus direct avec "Neon Rats", où les cris d’une forêt tropicale et les appels tribaux se mêlent aux omniprésents cris vocaux aigus. Ce titre est entièrement consacré au rythme constant et à la construction des principales salves de synthétiseurs qui seraient tout à fait à leur place dans un hymne d'Underworld. Le break illustre la dichotomie de MORE D4TA - des moments magnifiques et atmosphériques contrebalancés et mélangés à des éléments sombres, pulsés et énergiques.

Le morceau "Soft Edit" est, par définition, un processus de vérification et de correction, où des données problématiques sont acceptées par un système informatique. C'est leur réponse à la surcharge d'informations - l'intoxication  de données subie ces dernières années - un interlude de voix vocodées et déformées sur un lit d'orgue synthétique dans une sorte d’église intergalactique.

Puis "More Love" s'ouvre sur un chant surdimensionné et déformé, accompagné d'un synthétiseur. Le morceau se déplace sans effort entre l'épique et l'introspectif, nous emmenant au sommet de l'album tout en s'équilibrant avec certains de ses moments les plus beaux et subtils.

Notre expérience avec MORE D4TA s'achève avec "Copy Copy". Le falsetto inquiétant d’Apparat dérive sur un lit de pièces sonores disparates qui semblent toutes parler de ce qui est au cœur de Moderat - des synthés obliques et oscillants, un design sonore sans cesse intéressant et évocateur, des humeurs et des paysages sonores toujours changeants et des voix fortement manipulées.

Le disque est une exposition bien organisée dans des vitrines modulaires. Il préserve l'histoire du trio tout en nous servant un Moderat qui a mûri. MORE D4TA est une œuvre cathartique de solitude et d'ivresse qui leur ressemble.

https://moderat.bandcamp.com/album/more-d4ta

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