Pantayo est un collectif queer de la diaspora Philippine de Toronto au Canada qui  crée une musique nouvelle à partir de sonorités qui leur sont familières, soit le kulintang, une musique traditionnelle mélodique et méditative des Philippines jouée à l’aide de plusieurs gongs de différentes tailles joué exclusivement par des femmes et associée ici à la pop contemporaine, le R&B, le punk et l’electronica. 

Leur premier album qu’ils ont mis trois ans à peaufiner est donc ancré dans la tradition kulintang et restitué ici dans un contexte plus moderne et il ne fait pas qu’attirer l’attention sur leur héritage philippin mais leur permet aussi de le transcender. 

Même ceux qui ne sont pas particulièrement familier à cette forme musicale reconnaîtront son caractère unique et son style dès les premières minutes du morceau d’ouverture “Eclipse”, qui tout comme le titre “Divine” qui suit, puise son inspiration dans un R&B des plus orageux et érotique, avec des chants féminins graves ou contralto qui implorent un amant de les rejoindre avant qu’il ne soit trop tard, par dessus des gongs inquiétants, une basse sensuelle et des synthés célestes. 

Puis la première partie du morceau “Heto Na” associe ces gongs à la cadence d’un kinck électronique soit une combinaison hypnotique que Pantayo transforme en hymne à la musique électronique dansante à l’aide d’une batterie et un chant collectif qui convoque l’auditeur à venir danser avec elles, puisant autant dans la house Queer que la disco philippine. 

Mais derrière cette joie et ces expressions du désir se cache aussi une colère sous-jacente, rendue plus explicite par le morceau “V V V (They Lie)” qui sonne comme un morceau de pop star américaine qui exprimerait un traumatisme générationnel issu de plusieurs siècles de domination colonialiste, ou encore le rap-punk du morceau “Taranta” .

 Et si les morceaux sur ce premier album de Pantayo représentent une rupture avec la tradition, il apparaît en revanche que ce n’est pas une musique moderne superficiellement agrémentée d’une forme traditionnelle, en ce que les membres de Pantayo font au contraire du kulintang l’essence de leur musique, qu’ils ont jugé à raison capable de de s’associer à d’autres formes de musiques contemporaines.

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