Le groupe Hen Ogledd était au début un duo noise composé du guitariste et parfois chanteur d’avant folk Richard Dawson et de la harpiste Rhodri Davies . Ils jouaient rarement et sortaient des disques quasiment autant de fois qu’il les jouaient en live, leur deuxième album étant d’ailleurs une collection d’enregistrements du deuxième concert qu’il aient joué, et la première fois qu’ils étaient accompagnés d’un troisième membre en la personne de Dawn Bothwell.

Avec ces débuts bruitistes, difficile d’imaginer qu’ils allaient se tourner aussi brusquement vers la pop de leur troisième album Mogic que je vous présente aujourd’hui et qui les rend méconnaissables pour ceux qui les auraient découverts auparavant.

Cette évolution est loin d’être décevante bien au contraire et ça ne ressemble pas non plus à un parti pris qu’ils auraient pu prendre de lisser leur musique pour attirer plus de fans ou entrer dans le royaume relou de la pop mainstream puisqu’ils ont su garder la composante farfelue et expérimentale à cette pop qui sort vraiment des sentiers battus. Il y a un côté très ludique dans l’utilisation qu’ils ont des instruments et de l’électronique et un côté très mystique que Hen Ogledd empruntait déja lors de ses improvisations un peu folles, simplement traduit différemment sur l’album Mogic.

Des éléments de leur bruitisme déviant est intégré dans des format de chansons plus traditionnels, comme les synthés dissonants et démoniaques du morceau “First Date”,  le collage electro farfelu du morceau “Transport & Travel” ou encore la rythmique cliquetante et hallucinée du morceau “Welcome To Hell” et ses chants aliénés et inquiétants.

Car si on peut appeler cela de la pop musique, c’est alors dans sa version la plus démente au sens clinique du terme. Les voix y sont parfois malmenées par les effets, leur donnant une forme robotique ou pitchée en fonction du costume vocal qu’ils veulent enfiler, comme sur les morceaux Dyma Fy Robot ou Tiny Witch Hunter qui se succèdent sur l’album.

Plusieurs chansons abordent la relation entre technologie et humanité, et un sentiment d'appréhension qui traverse l’album à ces sujet.

Lorsque s’achève l’album, on s’aperçoit qu’aucun morceau de l’album ne se ressemble et qu’il fonctionne comme une succession de virages en épingle à cheveux. Mogic est donc un album qui propose une version très personnelle, chaotique et aventureuse de la pop, mais aussi paradoxalement le disque le plus accessible du groupe Hen Oggled.