On attendait de voir ce que Fujiya & Miyagi nous réservaient sur leur deuxième album Light bulbs, sorti le 1er septembre dernier sur le label Gronland, et force est de constater qu'à défaut de se renouveler, les anglais de Brighton ont su se créer une identité sonore autour d'une  indie pop électronique légère et bon enfant inspirée par Gainsbourg, la motorik music et le Krautrock.

Laissons David best, auteur, chanteur et guitariste, nous en dire davantage sur ce nouvel opus :

 

regarder l'itv en video (version courte)

 

 

 

 

Et pour approfondir :

 
Comment est né Fujiya & Miyagi ?

Au début il n’y avait que Steve (Lewis) et moi dans le groupe et on avait une passion commune pour Can et Carl Craig. Une musique électronique avec des instruments live et du chant, une formation en somme traditionnelle – C’était un peu le modèle de départ pour le groupe. Et ensuite en travaillant cette matière on a découvert notre propre son, avec peut-être encore quelques références mais je pense qu’on est assez de musiciens sur ce son pour qu’il soit bien le notre à présent.

 

 

Comment êtes vous entré en contact avec Gronland, qu’est-ce qui vous attirait sur ce label ?

Je crois que Ren from Gronland a entendu notre album via Nigel qui s’occupe de notre label anglais «  Full time hobby », et apparemment ça leur a plu. Ils avaient réédité les albums de Neu ! donc je connaissais ce label, et je trouve qu’ils ont de bons groupes comme Half Cousin. Ca s’est donc fait très naturellement en fait, un disque passé à quelqu’un qui a bien aimé, c’est aussi simple que ça !

 

 

Quand tu écris, la sonorité des mots a-t-elle son importance ?

Oui, je pense que ça a son importance parce que je ne suis pas le meilleur des chanteurs en terme d’octaves, je ne dois en maitriser que deux et demi , peut-être trois, les mots sont donc très importants pour moi, ainsi que leurs sonorités mais je pense que quand on est au top c’est quand ça sonne bien mais que ça fait aussi sens, et il y a sans aucun doute un sens à toutes nos paroles mais peut-être suis-je le seul à le connaître, et ça ça me plaît quelque part. Un mot peut-être ignoré par l’auditeur simplement à cause de sa sonorité alors que son sens a son importance.

 

 

On décèle des rythmiques motorik issues du krautrock dans votre musique, et je dois dire que vous réussissez un peu à « alléger » l’humeur générale par rapport au son original allemand et même à le rendre plus dansant. Quel est votre bagage musical de ce point de vue ?

Tout a commencé quand j’ai découvert Can en fait, j’étais encore à l’école et j’avais à peu près 16 ans. Je n’ai jamais été un grand fan de la musique anglaise. Je dois dire que les soi-disant grand groupes comme les Who ou les Beatles n’ont jamais été ma tasse de thé, j’aimais bien les Kinks mais c’est à peu près tout, les Kinks et les Zombies. Et quant t’es gamin en Angleterre, on te dit que la seule bonne musique est anglo-saxonne ce qui est complètement ridicule. Alors après quand tu découvre Can, Neu ! ou Serge Gainsbourg tu te dis mais attends c’était pas vrai ! Et ça t’ouvre un nouvel horizon.

Donc évidemment il y a Can mais il y a aussi Kraftwerk parce qu’ils étaient dans les charts quand j’étais plus jeune donc on connaissait.

Puis j’ai ensuite creusé le répertoire de Neu !, Harmonia et Cluster pour découvrir un nouvel univers que je trouvais très intéressant donc c’est resté en moi en quelque sorte. Je n’écoute plus vraiment de toute cette ère allemande aujourd’hui car je l’ai tellement écoutée que je n’ai plus besoin de le faire. C’est assez minimal, c’est comme un anti-prog rock, un anti-Yes. C’est dénué de fioritures, déshabillé, et ça me plaît beaucoup. Et je pense que c’est vrai que quand on en enlève des éléments, la raison pour laquelle on sonne plus léger, ça a peut-être à voir avec la production de l’album et le fait que c’est électronique, et ça n’aurait aucun sens de reproduire quelque chose puisque ça a déjà été très bien fait auparavant, ça leur appartient. Alors tu penches vers ça mais tu veux garder ton identité sonore.

 

 

Ça a peut-être à voir avec le fait que vous n’utilisez pas les vocodeurs ou de quelconque effet sur ta voix, techniques qui font la marque de fabrique du Krautrock…

En effet et je déteste la reverb, je ne la supporte pas sur quoi que ce soit, des fois Steve essaie d’en coller en douce et je lui dit de la virer aussitôt, pour le meilleur et pour le pire c’est ma voix et je l’aime exactement comme elle est. Et ça rend la musique plus humaine quelquepart.

 

 

Selon toi, qu’est-ce qui différencie ce nouvel album du précédent ?

Je pense que certains titres auraient pu figurer sur le précédent album « transparent things » , particulièrement les deux premières mais au-delà de ça il y a des éléments qui diffèrent, en terme de sujets j’avais le souci de ne pas me répéter, je ne voulais pas avoir une autre chanson à propos d’os fracturés, bon je parle de pouce douloureux (sore thumb) mais ça ne compte pas, et s’efforcer de parler d’autre chose parce qu’évidemment on ne voulait pas faire le même album à nouveau. En ce qui concerne l’instrumentation, Lee joue de la batterie ce qui ajoute de la dynamique, d’avoir un batteur live sur quelques titres au lieu d’une boîte à rythmes. On a essayé de faire des chansons d’un autre type, comme pickpocket dont le modèle était un peu certains titres de Allyah, mais au final ça sonne plus comme du Bollywood ! Mais oui on essaie toujours de faire les choses différemment mais que ça plaise ou non on finit toujours par retrouver un son qui nous ressemble. Tu sais quand on a fini cet album je me suis dit : « wow ça sonne tellement différent » et quand j’ai lu les critiques ça faisait un peu « ouais c’est bon mais ça se ressemble beaucoup » alors qu’on essayait des nouvelles choses. Donc il arrive un moment où un titre comme Nicklebocker sonne vraiment comme du Fujiya et Miyagi sans vraiment le vouloir, donc je pense que le mieux c’est de combiner ce que tu sais bien faire et ce que tu aimerais bien faire.

 

 

Imposer votre style en quelque sorte ?

Je pensais que les gens diraient « C’est tellement différent » et en fait il s’avère que non. Alors que des titres comme Goosebumps, comprend des choses qu’on avait jamais faites avant, et Dishwasher, et Ptérodactyls avec la batterie , si on regarde les détails il y a beaucoup de différence mais le son en général reste le même. Il y a peut-être à voir avec l’ordre des chansons, nous aurions peut-être du mettre Goosebumps en premier mais bon on a tous voté…

 

 

Vous avez pas mal tourné ces dernières années, et dans un circuit dans lequel les organisateurs de concert peuvent rivaliser d’ingéniosité en terme de scénographie ou de lieux improbables, quel est votre meilleur souvenir de ce point de vue ?

En terme d’endroit improbable on a joué à Rome juste à côté du colisée en extérieur, là où il y avait les courses de chars dans l’antiquité et il y avait des joggers qui couraient sur la gauche de la seine alors qu’on jouait, ça faisait un peu «  Hé ho, c’est par ici que ça se passe » .

Mais mon meilleur souvenir c’est l’année dernière quand on a joué pour la première fois à New York au Mercury Lounge, qui peut contenir 250 personnes, et les deux concerts étaient complets, on s’attendait vraiment pas à ça , on pensait vraiment qu’il y aurait 50 personnes au mieux et ça a été une belle surprise que le gens nous connaisse et nous attendent.

 

 

Quelle est votre approche en termes d’edition ? Y a-t-il un media ou un support particulier sur lequel vous aimeriez voir votre musique figurer…

J’aimerais vraiment que notre musique se retrouve sur un bon film, si Wes anderson ou David Lynch voulaient faire figurer un de nos titres ce serait fantastique.

Pour ce qui est des pubs, on a quelques morceaux qui ont été utilisées, c’est le cas pour Collar bone. Ca nous a permit de quitter nos boulots respectifs et faire de la musique à plein temps donc l’équation est facile, si tu veux mettre le paquet et prendre le temps de faire un bon album, tu dois le faire à temps plein plutôt que le week-end seulement.

Mais oui figurer sur des films ce serait formidable, je sais que Steve aimerait faire une B.O, un peu à la John Carpenter.

 

 

Pour finir y a-t-il une musique, une œuvre d’art ou un film qui vous a vraiment marqué et que vous aimeriez partager avec nous ?

Alors si je dois conseiller un film, je sais pas si tu connais Rififi, de Jules Dassin, un film de gangsters très années 60, d’un réalisateur qui était sur liste noire aux états unis lors du Mac Carthysme, alors il a émigré en France. Il y a une scène incroyable où les gangsters s’infiltrent dans une bijouterie et personne ne parle pendant 15 ou 20 minutes peut-être même plus et c’est très chorégraphique. Un des voleurs a même des chaussons de ballet, c’est vraiment très beau , ça ça m’a vraiment marqué.

Sinon pour la musique récemment j’ai écouté beaucoup de musique soul des années 60 , de la southern et northern soul, il y a cette chanson qui s’appelle The Clown par Chuck Wilder qui figure sur les compilations Excentric Soul, c’est vraiment une chanson très théâtrale et dramatique, ça fait « quand je m’avance sur la scène, avec de la peinture sur le visage », et tout ça est soutenu par une trompette très dramatique. Je ne crois pas me souvenir d’une meilleure chanson que celle-là. Quand t’entends un truc comme ça 10 fois d’affilée, c’est fantastique. Sinon j’aime vraiment les toiles de Dubuffet et bien sûr le plus grand des artistes : le club de foot Arsenal , car c’est de l’art à chaque fois qu’ils mettent le pied sur un terrain.

Interview préparée et traduite par Clément Coudray


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