Pour leur quatrième album et le troisième en dix ans seulement , The Avalanches démontent les manèges de leur fête foraine habituelle pour orchestrer une immense kermesse de recyclage de déchets électroniques. Eux qui regardaient déjà dans le rétroviseur à vingt ans à peine lors de leurs débuts, Robbie Chater et Tony Di Blasi, désormais rejoints à plein temps par le multi-instrumentiste Andy Szekeres, poussent ici le curseur rétro à son paroxysme. Allant jusqu’à emprunter le slogan d’une vieille marque de disquettes pour baptiser leur album No Bad Memories, les trois Australiens et leur foule d’invités, qu’ils soient samplés ou bien réels en studio, empilent les flash-backs vers les pubs et la technologie des années 80, tout en nous offrant une nouvelle déferlante de ritournelles dansantes, à la fois douces-amères et euphoriques.

N’allez pas y chercher un traité sociologique sur le conditionnement consumériste de la génération X, ni un simple exercice de reconstitution vintage. Un titre démarre comme un pur hommage à Eurythmics ou The Human League avant de partir en vrille numérique, percuté par un Mike Patton survolté qui joue les bonimenteurs inquiétants pour vanter une console de jeux vidéo. Comme toujours chez The Avalanches, la mosaïque traverse les époques : cela va d’un standard de jazz de Hoagy Carmichael détourné avec le pionnier de l'électro-pop japonaise Haruomi Hosono, jusqu’aux rythmiques footwork déstructurées de la productrice tunisienne Khadija Al Hanafi.

Sur le bondissant « Every Single Weekend », le groupe invite une chorale d’enfants pour marier une mélodie sans paroles de Gilberto Gil au refrain post-disco culte de Universal Robot Band, « Barely Breaking Even ». Même montée d’euphorie immédiate sur « Our Love Is Alive », qui fait dialoguer la voix de pionnière des synthétiseurs de Suzanne Ciani, samplée à partir d’une émission éducative des années 80, avec un échantillon accéléré du groupe soul The Three Degrees.

Bref, un montage d’orfèvre proprement étourdissant... mais Antoine, ce qui est fou avec The Avalanches, c’est qu’au milieu de toute cette collection de samples du passé, ils arrivent quand même à sonner ultra contemporains.
Oui et voir Mike Patton débarquer au milieu de Suzanne Ciani et de vieilles pubs télé, c’est du pur collage pop, complètement imprévisible
C'est exactement ça, et le symbole absolu de cette fraîcheur, c’est qu’ils invitent désormais des artistes qui n’étaient même pas nés à la sortie de leur premier album.

C’est le cas de Tracy Amare, alias Portraits of Tracy, qui crève l’écran sur le vibrant « Can’t Get Over Losing You », l’un des rares morceaux du disque taillé comme une véritable chanson pop. Plus loin, « He Lives in the Old World » prend des allures de clin d’œil affectueux à Boards of Canada avec ses nappes de synthétiseurs délavées et ses voix spectrales, interrompues par une fausse pub demandant d'un ton faussement inquiet : « Avez-vous peur de devenir chauve ? ». Les apparitions de Tracy Amare et une série de spots publicitaires absurdes vantant un soda imaginaire, dont un avec l’acteur Haley Joel Osment, cimentent ce collage perpétuel.

Au fond, les seuls mauvais souvenirs liés à ce disque seront sans doute ceux du responsable des droits juridiques du groupe, qui a dû s'arracher les cheveux pour faire valider des extraits de Carly Simon, de perles soul oubliées, d’un obscur projet pop italien ou du générique télé du Club des Cinq. Une nouvelle cathédrale pop baroque et vertigineuse signée The Avalanches.

https://www.theavalanches.com/

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