Pour son huitième album sous le nom de Bonobo, Simon Green a promené ses micros aux quatre coins du globe, posant notamment ses valises au célèbre ranch californien de Neil Young, Broken Arrow. Fidèle à sa recette, l’album Distance in Static fait dialoguer instruments joués, boucles échantillonnées et programmations électroniques, le tout enrichi d'un généreux casting vocal et d'influences glanées un peu partout. La vraie réussite du disque tient dans ce grand écart paradoxal : il apparaît à la fois remarquablement épuré et d'une grande intensité émotionnelle.

Sur les morceaux dansants, la charpente rythmique va droit au but, solide et sans fioritures, laissant toute la place à des cordes mélancoliques et des bribes d'échantillons pour faire monter l'émotion. Sur le titre « Cycles », des bois esseulés et des violons poignants viennent ainsi coiffer des séquences métronomiques touffues, tandis que « Drift » et le plus tellurique « Me and You » s'appuient sur des fragments vocaux entêtants.

Véritable rouleau compresseur taillé pour les clubs, « Uncasually » entrelace synthétiseurs scintillants, volutes de cordes et voix découpées en un hymne aussi gracieux qu'efficace, là où le titre « Shokoufeh » puise dans des cordes iraniennes théâtrales et des envolées vocales vertigineuses sur une pulsation plus lourde.

Mais il n’y en a pas que pour le dancefloor !

Hormis la cadence two-step chaloupée de « Talk to Me » (avec Nicole Miglis de Hundred Waters) qu’on vient d’écouter, la plupart des titres chantés désertent la piste de danse pour privilégier le feutré et la délicatesse. Sur « Fire on the Water », Arooj Aftab murmure ses vers poétiques en ourdou sur une boucle de guitare acoustique discrète, à peine effleurée par des cordes et des percussions caressantes.

Le somptueux « Always on Your Side », porté par Joy Crookes, renoue avec un trip-hop luxuriant digne des grandes heures du catalogue Ninja Tune, avant de passer le relais à « Youth's Fountain », escapade indie rock subtile où Nilüfer Yanya pose son phrasé confidentiel, à mi-chemin du parlé et du chanté. La tension retombe enfin sur un diptyque contemplatif d'une grande beauté : Ichiko Aoba semble chuchoter au cœur d'une forêt enchantée sur « Equinoctial », tandis que Kanako Yamamoto fait scintiller son guzheng au milieu des cordes spectrales de l'instrumental « Mercury ».

En dosant savamment les montées d'adrénaline pour le club et les descentes méditatives, Distance in Static s'écoute d'un trait, maîtrisant à merveille l'art du souffle et de la délivrance.

https://bonobomusic.bandcamp.com/

Émission de la semaine

Nouveautés

Playlists du mois

Mixtape