Avec ses trois premiers albums, le duo suisse Klaus Johann Grobe proposait un son brut mais dansant, puisant dans un large spectre d'influences rythmiques. Ils ont commencé quelque part entre le Krautrock analogique des années 70 et le punk du label DFA Records, avec ses basses et son penchant dancefloor, avant de changer de son pour embrasser pleinement la disco et agrémenter leurs morceaux contagieux de séquences de synthétiseurs cosmiques et d'une production distante.

Leur quatrième album, Io tu il loro, arrive six ans après Du bist so symmetrisch, sorti en 2018, et le groupe est sur une crédo complètement différent, une fois de plus. Il est frappant de constater qu'il s'agit du premier album du duo dont les morceaux sont principalement chantées en anglais (bien que quelques autres langues fassent également leur apparition), ce qui change le ton d'une discographie qui était principalement chanté en allemand auparavant.

Si les neuf titres de l’album Io tu il loro font toujours la part belle aux synthétiseurs vintages et aux grooves profonds, les atmosphères sont plus détendues et mélancoliques. Le morceau d'ouverture "Highway High" est une lente construction, un midtempo qui se pare de sons de synthétiseurs et de piano électrique pensif. Les voix sont relativement sèches et en avant dans le mix, l'instrumentation se situant quelque part entre la douceur rassurante du soft rock et le frémissement humide de la Tropicalia. Le titre "When You Leave" est tout aussi feutré, avec une basse électrique glissante et des touches luxuriantes qui glissent le long d'expirations douloureuses.

Le penchant disco du groupe n'a pas complètement disparu de leur son mais il se manifeste de manière plus subtile que les rythmes 4/4 et les sauts de basse à l'octave des travaux précédents.

Sur des titres comme le joyeux "Bay of Love", les accents disco prennent la forme de charlestons chatouilleux et de mélodies empreintes de nostalgie, chantées en fausset par une voix et en baryton rauque par une autre. Des étincelles de synthétiseurs clignotent sur les côtés du titres "Getting Down to Adria", tandis que "Never Going Easy" ne cesse de perturber sa teneur émotionnelle douce-amère avec des explosions de guitares floues.

En fin de compte, c'est la mélancolie heureuse et triste que Klaus Johann Grobe trouve sur presque tous les morceaux qui relie les moments de jazz fusion, de synthétiseurs néon et de pop rêveuse d'inspiration brésilienne de l'album, rappelant parfois les travaux du norvégien Erlend Øye.

. L’album Io tu il loro est doux, mélancolique et distant de façon très cinématographique. L'écouter du début à la fin ressemble plus à un film magnifiquement triste qu'à un album, et c'est d'autant plus agréable.

https://klausjohanngrobe.bandcamp.com/album/io-tu-il-loro

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