On sait très peu de choses sur ce groupe, si c’est vraiment un groupe d’ailleurs,  car Sault cultive une forme d’anonymat. Alors on sait juste qu’on pensait tenir le meilleur album de 2020 en juin dernier avec leur Untitled (Black Is) et trois mois après les revoici déjà avec un nouvel album, Untitled (Rise) qui pourrait bien lui ravir cette place ou bien même arriver ex-aequo.  

On a quand même réussi à choper un indice ou deux grâce aux crédits. Il s’avère qu’un dénommé Inflo, soit le producteur de Little Simz et de Michael Kiwanuka, est partie prenante du projet et que la chanteuse Cleo Sol en est la chanteuse principale.

Mais à part ça, c’est le vide intersidéral, j’ai même tenté de leur écrire pour savoir si je pouvais les booker pour un concert, sans grand espoir, et j’ai eu raison de ne pas espérer car d’ailleurs c’est resté lettre morte.

Mais à part ça, on ne sait rien et si leur pari était qu’on se concentre sur la musique et la musique uniquement et bien c’est réussi, aussi réussi que cette collection d’hymnes soul, faits d’arrangements réduits à l’essentiel et aux humeurs changeantes qui reflètent toute la paranoïa et les traumas qui ont ponctué ces derniers mois, entre Covid 19 et afro-américains qui se font abattre par la police aux USA.  

Ce nouvel album est plus concis, ce qui n’est pas difficile étant donné que le précédent Black Is était davantage un double album, mais ils ont rattrapé en qualité ce qu’ils ne nous ont pas donnée en quantité. Il associe des des lignes de basse post-punk et dub à des influences plus gospel qui sentent bon les seventies de The voices Of East Harlem.

Le morceau “I just Want to Dance” est un hymne au pouvoir de transcendance du clubbing et de la danse, alors que la musique y est pourtant rongée par la contrainte et compressée dans un carcan certes dansant mais tendu comme Natacha, ça c’est pour les fans de Dikkenek,un carcan qui fait allusion au confinement et à la fermeture prolongée des clubs londoniens.

Un autre morceau “Scary Times” est une illustration circonspecte de cette époque étrange, tandis que des morceaux comme “Street Fighter” rivalisent de franc parler et de force inébranlable avec les deux morceaux que je viens de citer.
 
Par moment, il y a un sentiment que le groupe s’élève à un niveau transatlantique, alors que Sault était perçu auparavant comme un phénomène londonien, les voici qui gagnent de plus en plus de rayonnement international.

Evidemment nous somme à une époque globalisée, et le spoken word très américain qui parsème l’album rappelle évidemment celui qui émane actuellement du mouvement Black Lives Matters, et l’autre facette post-punk du groupe est-elle même issue d’une conversation artistique entre l’angleterre et les Etats-Unis.

Cependant ce ne sont pas que des morceaux voués au dancefloor. Tandis que cet album bouillonne d’énergie, avec des rythmiques aux sonorités brésiliennes battucadesques par moment, ou le scintillement du boogie des années 80, il utilise aussi diverses palettes sonores, de la soul gutturale au jazz, comme sur “The Black & Gold” par exemple qui marque une pause avec des notes de piano glaciales et mélancoliques à la Bill Evans.

“Untitled (Rise)” se fait donc le portrait d’un projet en mouvement perpetuel, puisant dans les mouvements culturels qui ont rythmé 2020, et tout le chagrin, la paranoïa, la colère sans fin et ralentie par le confinement, entravée dans son expression. C’est un album phénoménal en ce qu’il parvient à exprimer tout ça à la fois et c’est aussi libérateur que rassurant, par voie de communion avec ce qui nous révolte chacun dans notre coin et qui trouve ici un écho musicalement puissant, fin et racé.

https://open.spotify.com/track/4iaaEAAyCWrQdYT5tRnyDb

 

 

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