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Loin de l’image surannée de la Chine, une scène culturelle, musicale et indépendante foisonne, émerge, grandit derrière l’invasion urbaine des grandes villes chinoises. Dans un pays réputé pour la conformité créative de la musique pop et préfabriquée, les musiciens underground sont épaulés par quelques labels indépendants. Maybe Mars soutient entre autres Carsick Cars qu’on n’hésitera plus à appeler « le meilleur groupe de rock de Chine ».

A quelques jours de la fin de l’année du serpent, le Grand Palais célébrait les cinquante ans de l’amitié franco-chinoise. Entre les chevaux, les acrobates, le kung fu, une petite scène sous la verrière a accueilli les trois garçons de Carsick Cars. Fraichement arrivés de Pékin, ils présentaient leur nouvel et troisième album sobrement appelé « 3 ».

 

Fondé en 2005, Carsick Cars aime entre autres le Velvet Underground, Suicide, Sonic Youth, Steve Reich et Glenn Branca. Zhang Shou Wang, le chanteur et guitariste combine brillamment les textures et les sons de ses influences dans ses compositions lumineuses. Ils enregistrent un premier album en 2007 (Carsick Cars), un deuxième en 2009 (You can listen You can talk), partent en tournée européenne avec Sonic Youth (qui les adore), voyagent à travers le monde et deviennent le groupe le plus adulé de Chine.
Dans un pays, où la censure est stricte, Shou Wang ne cherche pas forcément à se faire remarquer, mais réussit à glisser quelques phrases dans ses textes pour rappeler que le Rock reste en marge du gouvernement. Si Shou Wang affirme aimer écrire sur les petites choses de la vie, la chanson phare du groupe, « Zhong Nan Hai » se réfère à une marque de cigarettes vendues dans tout le pays mais est également le nom du siège du gouvernement.

Le statut privilégié de Shou Wang montre à quel point le milieu de la musique alternative et la jeunesse pékinoise sont loin d’être politisés. « Aux Etats-Unis et en Europe, critiquer le gouvernement et la société n’est pas censuré, c’est juste une bonne stratégie et un bon business» explique-t-il. Shou Wang, sans véritablement le savoir, est devenu le leader d’une génération : de nombreux groupes ont suivi son chemin en s’inspirant de son environnement plutôt que de la rébellion et reprennent en concert les chansons de Carsick Cars.

En 2014, l’heure en Chine n’est plus à la contestation mais à la liberté d’expression et de création. Alors, au début du mois de mars Carsick Cars sortira son nouvel album (produit par Sonic Boom), cinq ans après le deuxième et après deux remaniements des membres du groupe. Un enregistrement de 15 morceaux, dont 11 qui figurent sur l’album et 3 autres sur un EP qui sortira en fin d’année. Pour ce nouveau disque, Shou Wang a mis de côtés ses riffs durs pour des mélodies plus sophistiquées, mais garde ses drones aventureux, ses rythmes trompeurs et imprévisibles et surtout son jeu de guitare exceptionnel. Le génie de Shou Wang est de réussir à créer des sons improbables avec des objets quelconques comme coincer des baguettes chinoises entre les cordes de sa guitare.
« 3 » marque un nouvel horizon et trace une nouvelle route pour le groupe, Shou Wang, enfant prodige et surtout plein d’idées surprenantes, livre un disque plus mature, plus pop, moins noise et encore plus innovant que les précédents.

Encore trop méconnu en Europe, Carsick Cars sera sûrement reconnu un jour comme groupe pionnier de la scène alternative pékinoise qui aura écrit une page de l’histoire du Rock en Chine. Et comme le dit si bien Michael Pettis, (fondateur du label pékinois Maybe Mars qui a travaillé à leurs débuts avec des groupes tels que Swans, Sonic Youth ou encore John Zorn), « ils seront reconnus comme les musiciens les plus excitants et importants de cette décennie », tout simplement.