Dour est en forme, dour est même en très grande forme. Avec un record d’affluence à 251 000 personnes sur 5 jours, le festival belge n’en finit plus de faire de nouveaux adeptes. Impossible de vous dire si c’est la programmation qui a fait venir tous ces spectateurs ou si c’est la chaude ambiance de ce festival. En tout cas, le mélange de ces deux facteurs fait toujours mouche à Dour.

Cette année on est accueilli par la police, l’ambiance est tendu, il faut sortir de la navette, se mettre en rang et bien respecter les ordres des agents pour qu’un chien vienne vous renifler. Le dispositif est important cette année, un millier de policier pour 50 000 spectateurs par jour. Ce petit contrôle “antidrogue” vous refroidit très clairement On peut se poser la question de ce genre d’intervention et les grands moyens déployés quand on vous dit qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État et encore moins pour la culture.

Aux Eurockéennes de Belfort, la semaine précédente, les policiers sont carrément venus faire des contrôles sur le camping. Cette année à Dour, pour monter dans la surenchère la police belge avait installé un cachot afin de permettre d’accueillir les personnes arrêtées sur le site. On n'arrête pas le progrès !

Bienvenue donc sur un festival “sans drogue” mais aussi sans cashless ! Ce qui est une bonne chose en soi, si on ne fait pas comme nous, en confondant les "tickets boissons" avec les "tickets nourriture". En tout cas, on peut s'aperçoit très vite que l'amour résonne toujours autant à Dour ! On remarque aussi quelques petits ajustements cette année sur le site du festival avec la présence de nouveaux points d’ombre, le grand bac à sable du Rockamadour ou le déplacement de l’imposante scène Red Bull Elektropedia Balzaal.

D’ailleurs sur cette dernière, l’écran était plus imposant cette année avec une vision plus immersive presqu’à 180° Cette scène est toujours aussi impressionnante pour accueillir les artistes electro (dubstep, drum n bass, deep house, techno…) mais enfin de compte c’est sur la scène de La petite maison de la prairie qu'on aura vu les meilleurs set électro.

Laurent Garnier jouait cette année pour la première fois en solo à Dour, un événement qui n’est pas vraiment passé inaperçu. Les places étaient chères au premier rang du grand chapiteau de La petite maison dans la prairie. On s'est toujours demandé d'ailleurs pourquoi cette scène portait ce nom. Les artistes qui jouent là ne reflètent pas vraiment la naïveté de cette vieille série télé. C'est aussi ça Dour, on ne peut pas tout expliquer ...

Le retour des Masters At Work sera aussi un des moments forts de cette 31eme édition. La réunion de Little Louis Vega et Kenny Dope est assez rare en festival… Dommage que le public n'est pas trop suivi leur bon set house 90's. On se souviendra également du DJ set de Bicep, le duo gonfle son set avec des effets à faire frissonner les plus récalcitrants… leur sélection est un régal et même Shazam ne s'en remet pas, puisqu'il n’a pas trouvé grand chose.

Sous ce même chapiteau, Battles faisait aussi son retour mais à deux… Le groupe américain aura quand même perdu la moitié de ses membres depuis sa création en 2003 mais leur talent, lui ne s’est pas divisé pour autant depuis ces années… Le public est chaud pour leur prestation. L’'apéro est terminé (enfin lequel ?) John Stanier et Ian William ont du mal à contenir l'énergie débordante du public. Il faudra attendre leur morceau fétiche “atlas” pour qu’une liesse se créée.

A Dour, c’est rare de trouver un groupe d’indie rock après 21h… Il y avait pourtant une exception à cette règle, les Namdose ont joué au Labo vers minuit, ce supergroupe composé des membres de BRNS et Ropoporose peut jouer au milieu du public mais c’est bien sur scène que ce combo franco-belge a joué ses morceaux “bougrement” efficaces. La sonorisation n’est pas au top pour leur concert… Pourtant au Labo le son est toujours bon, c’est l’une des plus petites scène du festival celle ou on peut retrouver des groupes expérimentaux à des heures convenables. La Jungle, par exemple a proposé un show explosif noise et math rock. Le batteur ne tenait pas en place pendant que son acolyte explorait les limites de sa guitare. Malgré ce beau chahut, ça tenait très bien en place… On est rentré dans leur transe comme pour le live de Deena Abdelwahed, si elle a commencé avec des sonorités plutôt simple, sa musique s’est complexifiée au cours de son set pour nous envoûter ensuite avec ses machines et sa voix.

Cette année on était content de découvrir Charlotte Adigéry sur scène, la dernière égérie des Soulwax a d’ailleurs bien digéré le son des patrons de son label Deewee. Elle y a ajouté son r’n’b pour l’éclater à la face des beats linéaires de la house. Charlotte ne tient pas en place, elle finira les pieds nus en interpellant les spectateurs du premier rang. Il fallait bien ça pour nous réveiller… Son show était programmé à l’heure du goûter.

Enfin la scène de Rockamadour avait des parfums de plage cette année, il y avait du sable partout dans cet espace limité à 250 spectateurs entouré de containers noirs. Le Rockamadour accueillait des émissions de radio ou des djs set présentés par la webradio de Bruxelles Kiosk Radio. Et grande première cette année, on a eu le droit à un karaoké un peu spécial sur des titres essentiellement électro. Oubliez les paroles, il fallait gueuler, tu tu tu ta ta ta tu tu ta ta sur un morceau de Rone par exemple…

 On bouge beaucoup à Dour on veut tout voir et on regrette que le don d'ubiquité n'existe pas et si on reste paumé entre deux scènes, regardez comment les gens ont l'air tout simplement heureux, d’être là, bien présent dans ce grand village festif éphémère de 5 jours qui résiste à l'austérité ambiante.