5 jours et des dizaines de concerts, le Pitchfork Musical Festival avait encore des allures de marathon  cette année. La messe de l’indie comme on aime l’appeler commence toujours par deux soirées de découvertes au cœur de bastille.  Disséminé dans plusieurs « petites » salles de ce quartier emblématique de Paris, il n’est pas toujours facile de faire son choix dans cette avalanche de groupes "en devenir", surtout si on a l’esprit large… Pitchfork n’est plus ce petit webzine indie rock des années 90. Les guitares se font de plus en plus rares pour faire place aux artistes "synthétiques". Si le bruit est moins visible, on s’est rattrapé sur quelques « douceurs » et celle qui a retenu notre attention c’est le projet d'Olivier Marguerit intitulé simplement O. Ce parisien qu’on a pu voir déjà à de nombreuses reprises comme aux Trans Musicales jouait au Pan Piper ce soir-là.

Olivier affichait un petit « trac » en début de concert mais passé les premiers morceaux, il a exprimé sa satisfaction de reprendre la scène après quelques mois d’absence… Pour ce retour, Olivier était entouré de nouveaux membres et la magie de ses morceaux « sensibles » n’a pas bougé. « La rivière » ou « Répéter / Disparaître » nous ont encore fait frissonner.

Il y avait aussi des groupes émergents à la grande halle de la Villette, mais il fallait venir très vite après le gouter pour venir déguster les petites surprises du Pitchfork. Entre Cola Boyy ou Yellow Days, la bête curieuse de la première soirée s’appelait enfin de compte John Mauss. L’artiste est loin d’être un petit nouveau, il suffisait de voir le public médusé devant sa performance pour comprendre la dimension émouvante d’un autiste qui n’a que sa musique pour s’exprimer.

Etienne Daho qui jouait ensuite sur l’autre scène en face détendra très vite l’atmosphère avec son légendaire déhanché et sa pop légère. Sa venue à Pitchfork est d’ailleurs étonnante mais pas plus que ça quand on sait qu’il s’est retrouvé cette année l’une des têtes d’affiches du festival « très select » de la Route du Rock. Le dandy de la pop made in France a voulu dépoussiérer sa musique avec une scénographie dans l’ère du temps en implantant des néons flashy sur scène qu’on retrouve de plus en plus dans les clubs d’aujourd’hui (Badamoum, …)

Et pour terminer Mac deMarco, ce n’est pas la première fois que le trublion de la pop joue à Pitchfork mais là cette fois c’est la tête d’affiche !

Le canadien toujours très à l’aise sur scène avait encore invité ses potes à prendre des verres sur scène, il prendra également un enfant sur ses épaules et laissera le micro à son guitariste pour quelques minutes de punk contre le fascisme… Ils sont torses nus et on les reverra ensuite à l’after au trabendo. Mac deMarco s’est rhabillé (il fait froid quand même à Paris en novembre) et se laisse volontier prendre en selfie… mais on sent que l’artiste est taquin. A l’intérieur du Trabendo, ça transpire davantage Or: la a bel et bien décidé d’en découdre avec le dancefloor à papa… Un jeudi soir comme on aimerait en voir plus souvent à Paris.

Le deuxième jour à la grande halle de la Villette, on arrive sur le concert de Chroméo, bien avant les rappeurs ce duo qui a déjà plus de 10 ans de carrière s'amuse à trafiquer leurs voix avec un vocodeur... Si en France on les connait moins bien qu'outre atlantique, on comprend très vite que leur son s'adresse avant tout à un public totalement décomplexé par les sonorités cheap des années 80 et le délire bling bling en plus...

Plus tard Blood Orange livrera une autre approche du groove, moins synthétique... Il est accompagné d'un grand orchestre pour insuffler davantage de relief à ses compositions... C'est très propre, parfois trop même pour qu'on rentre complètement dans son concert. En tout cas Blood Orange se positionne comme un des remplaçants à Prince avec un show pareil... Alors Blood Purple ou pas ? il a mis les moyens pour jouer dans une nouvelle cour.

Les Bagarre se demandaient ce qu'ils fichaient bien dans un festival de hipsters, ils finiront par défoncer leur guitare et la batterie comme le faisait Nirvana dans son temps. On a eu l'occasion de les interviewer avant leur montée sur scène. (à retrouver ici)

La fin avec Kaytranada est moins impressionnante scèniquement, on rentre assez aisément dans son univers et les pieds se mettent très vite à bouger ! Idéal pour finir au Trabendo avec le deuxième after de la Red Bull Music Academy et une Honey Dijon en maitresse de cérémonie

Cinquième jour et troisième soir du Pitchfork Music Festival à la Villette, on refait un bon dans le passé avec Unknown Mortal Orchestra. Il y a 3 an, ils jouaient au Pitchfork Festival à la même heure et si leurs productions sont toujours aussi bonnes, Unknown Mortal Orchestra ne propose rien de vraiment très nouveau… Bon Iver lui aussi n’a pas beaucoup changé depuis la dernière fois qu’on l’avait vu au Midi Festival il y a 6 ans, il a gardé malheureusement la même scénographie avec les serpillères horribles en fond de scène… On n'aimerait pas qu’il nous invite chez lui !

Il faudra attendre Jeremy Underground pour danser avec quelques vieilles pépites house des années 80 au programme... comme RAZ et son titre “Baila”, idéal pour décomplexer un vieux folkeux dépressif au joie des musiques électroniques.

Les autres djs feront clairement le taf après entre dj Koze venu sur scène avec ses dernières acquisitions de chez Truffaut… Les plantes ont vu la lumière comme nous… et ce que Peggy Gou ou Avalon Emerson avaient réussi à installer avec le public… Daniel Avery l’a détruit assez aisément avec son électro coupée à la hache… Trop tard les plus frileux sont déjà partis.