Après Barcelone, voilà Porto. Après le gigantisme gargantuesque du Primavera Sound, l’intimité douce de Primavera NOS. Ce petit frère lusitanien qui propose une programmation héritée de son aîné, mais épurée, se tient cette année, une semaine après et toujours sur 3 jours, sur le site du Parque da Cidade, proche de l’océan, dans un cadre bucolique qui rompt avec le côté bétonné de Barcelone.
Ici, il n’y a que 4 scènes (3 le premier soir), à moins de 10 minutes pour les deux plus éloignées, et lorsqu’il a atteint son rythme de croisière, où deux sets jouent de manière concomitante. Un festival tout doux pour une programmation léchée. Et peu de choix cornéliens à l’inverse de celui de Barcelone.
Petit truc à savoir : il n’y a pas de service de sécurité privé à Porto, la police assure à la fouille et la sécurité sur site. Ne soyez donc pas surpris.

Nous avons ouvert les hostilités (après un passage au bar pour prendre une Super Bock, ce qui change des habituelles Heineken de festival, à 3€50 la pinte) en écoutant le set de Wild Nothing, qui fut assez décevant et manquait singulièrement de panache. Puis nous filâmes voir Deerhunter, où Bradford Cox arborait un curieux accoutrement (comme à son habitude) rappelant celui d’Angus Young, qui joua Desire Lines, Revival et autres mignardises pour les oreilles dans un set des plus agréables. Quelqu’un prononce alors ‘On triera les patates’. Nous avons passé sur Julia Holter, pour nous préparer au set de Sigur Ros qui livra un set aérien, puissant et tendu, avec cette sensibilité éthérée si chère aux Islandais. On se remit de nos émotions sur Parquet Courts, qui était juste ce qu’il nous fallait pour nous relancer avec son rock aigre-doux et entraînant.

Animal Collective

On enchaîne sans pause sur Animal Collective, dont la scéno est à chaque fois un spectacle en soi, pour un set lumineux, léger et aussi abstrait que leur musique, avec un public déchaîné sur FloriDada. Le set conclu, on passe sous le hangar de la scène Pitchfork pour aller voir le duo israélien Red Axes, qui nous a livré un set endiablé, où les corps sont entrés en fusion et le public en transe. Pour les plus solides (vos serviteurs en faisaient partie), J. Talabot et ses amis ont achevé le travail et nous ont laissé, à l’heure où blanchit la campagne, exténués mais heureux, et prêts à remettre le couvert le lendemain.


Le vendredi était LA grosse soirée du festival avec plusieurs choix à faire, tant la programmation s’annonçait alléchante. Mais elle a démarré tardivement pour cause de poulpes mangés sur les bords du Douro : cette incartade nous fit rater Beak> (regret éternel, tellement que ça devait être bien et qu’on le sait) mais arriver pile poil pour Brian Wilson rejouant Pet Sounds. Malgré un léger a priori et le fait qu’il soit ralenti par des années d’excès, le papy releva le défi, épaulé dans son office par un band enthousiaste, en concluant en apothéose sur les tubes cultes Wouldn’t It Be Nice, Only God Knows et Surfin’ USA, emmenant le public à pousser la chansonnette sur les vagues de sa Surf Music. Puis on file vers la scène « . Stage », située à l’écart du site et au mileu des bosquets, pour voir la fin de l’énergique set des Dinosaur Jr., qui comme leur nom l’indique envoient du lourd. On passe sur Empress Of pour rester dans le mood et se repaître de la magnifique prestation des Savages, proposant un set au cordeau, sublimé par le charisme ravageur de leur chanteuse Jehnny Beth, qui s’autorisera même un crowdsurfing agenouillée pendant une bonne dizaine de minutes, soutenue par un public en transe.

Nous faisons un arrêt au set live de Floating Points, qui devant une jolie scéno, s’attache à emmener le public dans des circonvolutions psyché géniales et qui hypnotisent un public plus que réceptif. Puis on se précipite pour voir la sorcière PJ Harvey qui livre avec beaucoup de franchise un set im-pec-ca-ble et totalement maîtrisé, accompagné de son compère de toujours John Parish et une troupe de musiciens plus proche d’un big band que d’un groupe à bien y réfléchir. On quitte PJ tout tremblant d’émotions pour aller au stand Caïpirinha et on profite du même coup du début du set sombre et sans concession de Protomartyr, mais Kiasmos joue au même moment sur la scène Super Bock. La chance nous sourit : suite à un incident technique, le set a pris du retard et débute juste après notre arrivée.

Kiasmos

Les deux Islandais, menés par Olafur Arnalds, nous livre par layers un set absolument magnifique et entraînant, valant largement l’attente des festivaliers qui ne s’y trompent pas et acclament comme il se doit le duo. Nous faisons un arrêt minute pour voir Tortoise, mais nous ne pouvons entrevoir que le début d’un set qui s’annonçait plutôt bien, et on se précipite à l’autre bout du site pour voir Beach House. Pour une fois, Victoria Legrand joue le visage découvert. Et c’est la seule variation : leur musique éthérée, les balades mélancoliques font toujours mouche, le set est racé et porte cette mélancolie si caractéristique. Un de nous les voyait pour la cinquième fois et il est « encore une fois tombé amoureux ». Le set fini, on s’accorde une courte pause et on se dirige vers la scène Pitchfork, pour faire un refill Caïpirinha et écouter le set de Roosevelt qui brise notre élan car décevant, peu inspiré et pas vraiment à sa place à 2h45 du matin. On prend notre mal en patience et débarque l’américaine Black Madonna, de son vrai nom Marea Vierge-Noire (cqfd) qui lâche des beats et des layers tellement excitants et sexy qu’on en oublie qu’il est 4h du mat’ et on se trémousse jusqu’au lever du soleil et même au-delà…

Autolux

Le troisième jour semble être une relaxe par rapport aux deux premiers jours : moins de têtes d’affiche, moins de dilemme entre les scènes. On a repris l’option du jour 2 « lever tardif/balade dans Porto/trouver un bon resto et chiller un peu ». Du coup, on arrive pour le set d’Autolux, qui signe un rock assez gras et lourd, rappelant une shoegaze un peu énervée, jouant sur les larsens et avec une basse omniprésente, parfait pour nous mettre dans l’ambiance de ce dernier soir. On quitte le groupe sans voir la fin, en passant devant Battles, toujours excellent en live, et file vers la scène Primavera où s’apprête à jouer Car Seat Headrest. Le groupe mené par Will Toledo a clairement le soutien d’une partie du public portugais qui reprend en chœur les paroles du morceau « Drunk Drivers/ Killers Whales » et c’est compréhensible : leur rock est énergique, juvénil et passionné.

*trou de mémoire* Drive Like Jehu ? Can’t remember

On arrive alors sur la scène Super Bock, où Explosions in the Sky a déjà entamé son set. Le post rock des Texans est tendu, précis, aérien et souvent mélancolique. Leur prestation impose le respect. On opère alors une translation côté scène NOS pour voir Moderat qui nous offre un set son et lumière vraiment chouette en allant puiser des morceaux sur l’ensemble de leurs trois albums. On passe d’une electro pure et dure (A New Error) à des morceaux chantés affolants (Bad Kingdom). C’est calibré, ça fonctionne terriblement bien, mais au loin le rock charnel de Shellac nous appelle et nous délaissons les Berlinois pour aller entendre les conseils prodigués par Steve Albini (« You got to listen to what your body is telling your mind »). Leur rock est épais, bourrin et diantrement efficace, créant un bon contrepied au set de Moderat. Pris d’un remords, on s’éclipse avant la fin pour voir le dernier morceau de Ty Segall and The Muggers, qui termine un set qui semble torride et totalement déjanté par une reprise des Doors (L.A. Woman) dont le public, acquis à sa cause, chante à tue-tête les paroles. On repart sur la dernière note à la scène Pitchfork (on n’a plus vraiment le choix), alors qu’une bonne partie du public quitte le site, pour aller voir les Australiens de Royal Headache qui malheureusement n’arrivent pas à nous convaincre avec leur garage mâtiné de punk à une heure aussi avancée (2h45). Du coup, on s’installe, on mange une part de pizza, on attend Fort Romeau. Mais la fatigue est plus forte, nous rattrape et nous pousse au départ.

Porto, c’était beau, doux, cool. Et on reviendra. Juré. Obligado.