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Chaque année c'est pareil ... Par où commencer pour parler de la Route du rock ! Le festival nous plait toujours autant... et toujours cette interrogation qui revient : "la programmation est pas mal mais le temps va t-il suivre avec ?"

Malheureusement, le premier jour on ne peut pas dire qu’on a été gâtés... C'est bel et bien la boue qui devenait la tête d'affiche devant la musique. Tout le monde ne parlait que de ça ! Enfin surtout ceux qui n'avaient pas de bottes... Et je ne vous parle de vos proches restés à Paris devant leur ordinateur qui t'appellent pour te demander si tout va bien en voyant leur fil facebook se remplir de boue !

Bref, on a tous survecu ! On n’est pas en sucre quand même ! En tout cas l'année prochaine si la météo décide de faire sa star capricieuse, le site du festival n'accueillera plus toutes ses pataugeoires improvisées, c’est ce qu’a martelé l’organisation à plusieurs reprises en annonçant des travaux dans le fort de Saint-Père avant la fin de cette année !

En tout cas, si on a parlé des conditions climatiques, l’édition de 2014 voit aussi l’arrivée de la chenille à la route du rock ! Oui oui ! Partie de facebook (oui encore ce maudit réseau social) la Route du rock devait accueillir la plus grande chenille du monde, le message est bien passé mais le manque de leader a vu s’installer une multitude de petites chenilles ! Bon en tout cas pour nous c’est sûr, la Route du Rock reste ce festival des superlatifs avec tous ces bons concerts qu'on vous raconte ici bas ...

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Le plus chouette : Caribou
Si à ses débuts Caribou était déjà considéré comme un bon groupe, sachant aisément explorer la pop pour l’emmener sur des courants électroniques... Aujourd’hui il semblerait que les machines aient vraiment pris le dessus sur le chant de Dan Snaith. C’est donc un très beau show électro que nous avons eu avec des morceaux de son nouvel album dont le fameux «Can't do without you» qu’on a pu écouter tout l’été, sans oublier forcément le morceau «Sun» qui n’aura malheureusement pas fait son effet sur le groupe qui suivait. Darkside aura eu le retour de la pluie.

Le plus décevant : Darkside
On attendait beaucoup de Darkside en live après un album qui ne nous en avait touché qu’une (et encore !) sans faire bouger l’autre. D’une part parce qu’on pensait Nicolas Jaar capable de sublimer sur scène les morceaux nonchalants et un peu plats de l’album Psychic mais aussi parce que ce mélange de guitare et d’electro se présentait comme un beau témoignage de la mutation de la scène indie depuis plusieurs années. Hélas, malgré les kicks surpuissants à nous en faire trembler les narines, cela n’a pas suffi pour cacher la misère de ces compositions sans consistance, composées de très bons riffs de guitares certes mais très mal assemblés et qui pouvait tantôt rappeller un greatest hits de Dire Straits, tantôt un blues-rock fade acoquiné à l’électronique. C’est donc sans surprise et sans verser notre larme que nous avons appris au lendemain du festival la fin du projet, mais nous attendons néanmoins avec impatience les prochains maxis de Nicolas Jaar avec ce qu’il sait le mieux faire : une house teintée de jazz et innondée par la soul.


Le plus classe : Slowdive
En passant déjà cette année par villette sonique oui encore Primavera, on avait déjà eu de très bons échos de la reformation de Slowdive. Ce groupe anglais de Shoegaze qui s’était séparé il y a 20 ans, est revenu le sourire aux lèvres. Il y a avait un parfum aussi bien de sérénité que de mélancolie dans ce concert… La chanteuse Rachel Goswell plus rayonnante que jamais dans sa robe étincelante nous regardait comme ses enfants, on se sentait à la fois choyé et pris de vertiges par les murs de guitares ! Le dernier titre « post rock » de leur set nous enverra directement faire un tour en apesanteur ! Merci Slowdive pour ce beau voyage !

Le plus émotionnel : Portishead
Ou comment retrouver ses 15 ans si comme nombre du public présent,  on a dépassé les trente ans, et faire remonter les souvenirs d’une adolescence où seule la musique rebelle ou dépressive nous parlait vraiment. Beth Gibbons nous est réapparue au Fort Saint père comme si le temps s’était arrêté depuis le dernier passage de Portishead à La Route du Rock en 1998, à l’exception de la volute de fumée qui semblait sortir du micro alors qu’elle s’y agrippait et qui a, elle, à présent disparue sans rien ne lui enlever de sa classe. Un set évidemment totalement maîtrisé (depuis le temps) et dont la perfection ne gâchait en rien l’émotion ressentie. Voilà une reformation qui nous fit vite oublier la boue sous nos pieds et qui n’avait rien d’un pétard mouillé.

Le plus nerveux : Metz
On aurait pu citer des français dans cette catégorie, les seuls d’ailleurs a jouer au fort de saint Père mais la musique de Cheveu ne rentre dans aucune case tellement elle déborde de partout ! En tout cas Metz (non pas la ville française) mais bien le groupe de punk canadien avait lui aussi décidé d’en découdre avec les bonnes manières des festivaliers de la Route du rock. Si on a toujours reproché au public de ce festival d’être trop calme, tu ne faisais pas tenir plus de 30 secondes un popeux dans le pogo joyeusement installé devant la scène par une horde d’acharnés qui n’en avaient décidément rien à foutre de Portishead qui jouait juste avant Metz !

Le plus couillu : Perfect Pussy
“Say Yes To Love”. Fraîchement débarqués de Syracuse, Meredith Graves et sa bande de sauvageons sont effectivemment venus nous apprendre l’Amour, comme le propose si gentiment le titre de leur album. L’amour à coup de batte.
Initialement réunis en 2012 pour faire une performance en temps que groupe punk fictif dans le film Adult World de Scott Coffey, ils poursuivent l’aventure ensemble et sortent un EP 4 titres dans la foulée.
Alors, on va pas se mentir, l’usage du larsen est une marque de fabrique pour Perfect Pussy. Les instruments se foutent sur la gueule (et nous foutent sur la gueule) et même si on ne saisit pas un traître mot de ce que peut dire la Riot Grrrl, on reste estomaqué par sa performance scénique, charmé par ses manières d’oisillon-tombé-du-nid qui s’excuse à cause de sa robe qui remonte, emporté par les guitares frénétiques et l’énergie brutale et punk de l’ensemble. On dit merci à la vie, merci à l’amour, et merci au bon sens qui nous a poussé à venir tôt à cette dernière journée de festival.
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Le plus ensoleillé : Pegase
Plutôt facile car c’est l’un des 3 groupes français qui a eu la chance de jouer l'après-midi à la plage bon secours. Pegase est ce "super-groupe" nantais qui regroupe plusieurs membres issus de groupes nantais comme D.A.N.,  Rhum for Pauline, Minitel rose, … Si le public composé essentiellement de festivaliers fatigués et de touristes égarés n’avait pas l’air très réactif, les membres de Pegase avaient au moins la mine réjouie de prendre le soleil derrière leurs instruments et de nous faire écouter également des bruits de baleine pour qu’on s’y croit encore plus « à la plage » !

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Le plus virtuose : Jamie XX
En voilà un qui a su parler autant à nos jambes qu’à notre tête avec son dj set ultra-maîtrisé, armé de 4 platines, dont deux numériques. Et s’il saît sauter d’un format vinyle à un format numérique, il sait aussi emprunter des détours inattendus (du moins pour qui le découvrait) au sein de son mix Future garage, comme avec ces titres disco et afro-electro qui représentaient très probablement une grande première pour les murs du fort/temple du rock sous toutes ses formes (avant que Todd Terje aille encore plus loin en ce sens juste après). Ses trois derniers titres sortis trônaient en de belles places au sein du set (Sleep sound, Girls et All under one roof raving) et l’ensemble coulait sans effort grâce au touché du jeune anglais devenu une référence dans son art. On pourra toujours déplorer un long passage un peu trop minimal et moins excitant que le reste de sa prestation, mais le set électronique ce producteur révélé par The XX reste l’un des moments forts de ce festival rock de référence.

Le plus dansant : Todd Terje
Il était attendu par tous les fans d’electro de ce festival rock, le norvégien n’a pas déçu avec son electro-disco qui joue au chat et à la souris entre le très désuet et le très cool. A l'aide d’un ordinateur et d’un clavier qu’il n’a certainement pas amené que pour la déco, Todd Terje a su enflammer la piste de boue avec un public enfin réactif (lui qui avait été si décevant en restant de marbre devant Caribou, qui méritait un bien meilleur accueil en terme de déhanchés). Les bombes néo-disco scandinaves ont fait le job de cette fin de festival en forme de saturday night fever avec en point d’orgue (si je puis dire) le fameux morceau Inspector Norse qui fait rugir de plaisir les dancefloors à travers le monde depuis plus de deux ans lorsqu’en retentissent les premiers rythmes. Todd Terje aura en tout cas prouvé que soit le public de la route se diversifie, soit sa réputation de snobisme rock est décidément usurpée.

Le plus “détendu du cul” : Mac deMarco
Il y a vraiment des moments où l’on regrette d’avoir pris Allemand première langue au lycée, et d’être celui qui serine ses potes quand un artiste s’exprime en anglais :
“ Il a dit quoi ? Pourquoi tout le monde rigole ? ” est sans doute la phrase qu'on a le plus prononcé pendant le concert du song-writer pop déglingué Mac deMarco.
Heureusement, point besoin d’être bilingue pour comprendre la langue universelle du “rot dans le micro” et pour apprécier une traversée de public en slam, pépouze sur le dos, une viceroy au bec.

par Antoine, Clément, Anne, Vincent et Maeva et merci à Happiness in Huppsala pour les photos de Caribou, Cheveu et Jamie XX