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Louis Jucker est originaire de La Chaux de Fonds en Suisse, il vit à Lausanne où il fait une école d’architecture et fait souvent des allers-retours dans sa ville natale pour rejoindre son studio de répétition. Lorsqu’il n’use pas de sa voix ou de sa basse dans ses projets de punk hardcore Coilguns et de noise Kunz ou de son violoncelle avec son groupe de pop folk expérimental The Fawn, Louis écrit, compose et enregistre des chansons avec sa guitare. Enfant, il voulait jouer de la contrebasse, on lui a mis un violoncelle entre les mains. Plus tard, il a appris à jouer de la basse et de la guitare, depuis il fait de la musique.

Déjà auteur de trois EP (Chinese sketches, Everything comes back the same, Spring Spring Spring), le musicien a sorti à l’automne dernier Eight Orphan Songs sous le label suisse Hummus Records. Un disque délicat et épuré qui nous fait pénétrer dans le microcosme du musicien. Il livre un recueil de poésie mélancolique qu’il inscrit sur des notes en apesanteur et qui laisse son auditoire suspendu dans un autre espace-temps.

Huit chansons que chacun adapte à sa propre mémoire, en se coupant de toutes sensations rationnelles pour ne laisser parler que l’émotion que procure le musicien qui ouvre quelques pages de son journal intime. Transparent et d’une blancheur opaline, Eight Orphan songs est imprégné de l’atmosphère vide d’un lieu passé et du silence d’une pièce qui donne l’acoustique naturelle si particulière au disque. Un album dont le contenu élégiaque fait transparaitre une beauté touchante, spontanée et singulière.

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Le doux son folk minimaliste et low-fi du disque, indéniablement personnel, touche son public d’une manière curieusement intime et fait l’écho d’un passé qu’on ne veut pas oublier. Un lieu et un univers désarmant de sincérité saisi par le son, mais aussi par les images réalisées à travers la série de photographies d’Augustin Rebetez. L’artiste suisse accompagne et aide l’auditeur à poser un regard sur le son qu’il écoute et dans l’univers du musicien en capturant quelques espaces de ce salon si marquant. Avec des bribes de sons, des bribes d’images et des bribes d’instants, Louis offre un manifeste empli de nostalgie mais surtout de mélancolie teintée d’une douceur retenue.

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Louis Jucker a l’habitude des scènes, après plus de 500 concerts sur quatre continents différents depuis une dizaine d’années, il était de passage à Paris deux fois ce mois de février, la première en ouverture du concert de son groupe Coilguns à la Miroiterie et la seconde pour le vernissage de l’exposition de son complice Augustin Rebetez au Centre Culturel suisse.

Deux lieux, deux univers opposés, passant du squat à l’espace aseptisé des centres institutionnels, Louis Jucker happe l’attention de son public de la même façon : l’audience se défait de l’aspect matériel d’un concert pour laisser la musique le transporter de manière presque primitive tant le jeune musicien arrive à créer un impact et une connexion allant jusqu’à presque perturber l’imagination de ceux qui l’écoutent. Accompagné des vidéos en noir et blanc d’Augustin Rebetez en toile de fond, Louis Jucker a ce talent assez rare qui réussit à détacher le public du musicien, coupée de rationalité, la musique devient matérielle et ces chansons orphelines se retrouvent adoptées par un public enchanté. Les mots, les images, et la musique se mêlent, deviennent presque translucides et apporte une quiétude douce, paisible et légère. Le songwritter, toujours en quête de nouvelles sonorités, sortira un nouveau disque en 2014.

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