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Alors ça pour une surprise, c’est une bonne surprise ! Un festival de musique à Vendôme, dans le centre de la France ! Terre de Ronsard et des maisons en pans de bois, là ou les plaines sont calmes et presque inquiétantes, là ou les gens ne sortent pas après 21h00 de chez eux. Enfin c’est ce que l’on raconte sur ce côté de l’hexagone, car les Rockomotives nous ont démontré le contraire, pour découvrir un tout autre aspect de cette région qu’on croyait trop vite abandonnée aux taverniers et autres joutes médiévales.

Le festival se déroule sur plus d’une semaine du 26 Oct au 02 Nov, en famille ! Car c’est bien ce qui se dégage de l’esprit général de ce festival, un sentiment de quiétude et de confort  tout comme à la maison, à coup de demi d’abbaye partagés.

 Nous avons assisté à trois soirs du festival, aux ambiances bien différentes. Le Lundi le Concert de John Parish au Chato’do nous a offert un moment d’intimité particulier, entre lui et le public l’osmose était parfaite. Prenant le temps de tout développer, de prononcer chaque phrase musicale. Il nous a présenté quelques morceaux de son album Screenplay, qui résume une grande partie de la palette d’inspiration du britannique, des paysages sonores renvoyant à des images de films imaginaires ou réels notamment pour son étroite collaboration avec le réalisateur Patrice Toye.

Le partenaire particulier de PJ Harvey était ce soir là accompagné d’une bassiste, d’un batteur, d’une claviériste et d’un guitariste expert en steel-guitare et Bottleneck. Une bande de cinquantenaires paritaire aux faux airs de Sonic Youth dans la fleur de l’âge qui donnaient le change tout au long du concert, chacun à leur tour développant l’envergure de son jeu sous la baguette de Sir Parish.

L’ensemble laisse une impression de mouvement perpétuel, de moelleux avec de beaux moments de suspension interrompus par de grands montés en puissance truffés de dissonances. Le sens du détail des quinqua va jusqu’au raccord chemises à fleurs, et les interventions aux mélodica du batteur ne manquent pas d’inspiration. Nous avons assisté à un véritable exercice de style, images sans parole. Une interprétation confidentielle de la musique.

Pour le second soir, changement de cadre, changement de style. Morceau choisi de Gothique flamboyant, la Chapelle Saint-Jacques accueillait Piano Chat et Girls in Hawaïi. D’emblée on annonçait la couleur : complet.

Piano Chat fait parti des curieux artistes, performer avant d’être chanteur. De ceux qui veulent tout partager avec leur public et laisser le goût amer de la frustration une fois le concert terminé. Prenant place devant la scène, accompagné de son brass band de machine, Piano Chat nous délivre une franche prestation avec des loops de voix, d’oiseaux, de claviers, de batterie. Construisant son petit château musical tout autour de lui, seul sur scène mais multiple « Homme-orchestre ». Il y avait  a piocher des nouveaux titres de son futur album Lands, d’anciennes ritournelles de ces EP précédents. On le sentait stressé, car se produisant pour la première fois dans ce lieu qu’il connait comme ça poche puisqu’il jouait à domicile, ou presque. Il se donne corps et âme, entrant dans un rite vodooesque qui le transcende et l’anime, faisant des vas-et-viens au milieu du public qui devient alors partie intégrante du spectacle, de la réunion de famille, du morceau. L’endroit était si bien choisi pour un pareil feu d’artifice harmonieux, Piano Chat c’est bien simple il faut le voir pour le croire.

La soirée enchaîne de plus belle avec  les cinq Girls in Hawaïi. Comme à leur habitude ils font une prestation impeccable, parfaitement maîtrisée. Un retour au sommet pour la sortie de leur troisième album Everest, enrichie d’un son plus grave et plus rock. Les fondements sont toujours là, l’inénarrable voix du chanteur, la force des choristes et la puissance du nombre. Devant un immense visuel éclairé d’un astucieux jeu de lumière, le groupe s’échine durant plus d’une heure et demie à partager son enthousiasme naturel ; qui prendra naturellement puisqu’on aime leur simplicité et leur humilité. Ils sont acclamés à la fin du concert, revenant pour un bis noisy et musclé, c’était vraiment sympa de les revoir, c’est à ce moment là qu’on se dit qu’ils nous ont manqué.

Pour notre dernière soirée aux Rocko, un programme de quatre groupes et deux DJ, labélisé soirée Fracama, pour d’intéressantes découvertes. Il y en avait pour tous les goûts, de l’électro d’apéro avec Milver So Chien et Cosmic  Del Bagio qui balayeront à peu près l’ensemble de tous les styles musicaux qui existe, excepté la musette, certainement par manque de temps. Cette petite mise en jambe de bon augure annonce une soirée pleine de surprise.

Pour la teneur éclectique de la soirée deux rappeurs se succèderont, l’incendiaire Nivek  qui ne mâche pas ses mots et le bondissant Manast se réappropriant tous les codes du rap US sans démériter. Enfin mention spéciale aux foufous de la soirée, Perox. Formidable ovni venu de la planète rien à cirer. Une chanteuse au charisme débordant, des masques de poissons, des chansons sur la vie et la mort, du rock, du rap et j’en passe et des meilleures. Impossible à résumer, une galaxie à eux tout seul.

On s’est bien amusés aux Rockomotives, on y serait bien restés plus longtemps vue l’alléchante programmation des jours suivants. Aller là-bas c’est un peu comme faire un joyeux bon dans le temps, comme ci nous n’avions jamais parlé de la crise. Reste que Michel Delpech avait vu juste, dans le Loir-et-cher ces gens là ne font pas d’manières. Bravo les Rockomotives, c’est sûr on reviendra l’année prochaine.