Il y a des rendez-vous dont il est difficile de se passer. Le Pitchfork Music Festival fait partie de ceux-là… L’affiche qu’il offrait y était forcément pour quelque chose avec sur 3 soirs, les poids lourd de la scène indé : Animal Collective, Grizzly Bear et M83. Même si le terme indé s’est dégradé depuis quelques années, il reste encore quelques formations dont la signification fait encore sens comme Wild Nothing, Liars, DIIV, Japandroids, Cloud Nothings, Breton…

Le Pitchfork nous a en tout cas montré qu’un festival pouvait être à la fois démesuré et intimiste. Un paradoxe qui s’explique par la hauteur de la Grande Halle de la Villette et des conditions acoustiques parfaitement remarquables pour un lieu d’une telle envergure.

Si le public était à majorité étranger et composé de hipsters, dont à la seule évocation du mot fait fantasmer celui qui n’a pas acheté sa place pour le festival, on n’était pas non plus dans les rues de Brooklyn toute la soirée... On peut rappeler d’ailleurs que le hipster ne tue pas, il se clone souvent… mais on arrêtera ici la raillerie perpétuelle qui associe Pitchfork à hipster … car comme le disent souvent les gosses dans la cour de récré c’est souvent celui qui le dit qu’il l’est… Passons sur l’apparence, et intéressons-nous plutôt à la musique car c’est bien là que réside l’essentiel de ce festival…

 Le premier soir, arrivés sur le son de Factory Floor, il était dur de rentrer à jeun dans leur électro captivante... D’ailleurs le groupe punk rock Japandroids qui suivra aura également du mal à trouver un public à une heure si avancée. Le son est bon mais on aurait préféré les voir en fin de soirée ou dans un squat plus adapté …

François and the Atlas Mountain n’est peut-être pas vraiment à sa place, le groupe fait danser les premiers rangs mais il n'est pas aussi convaincant qu’à son passage au Midi Festival.

La première claque de la soirée sera donc John Talabot ! Tout se fait progressivement avec ce duo électro pop, le chant est parfait pour mettre en relief les effets électroniques enivrants !

Ensuite, c’est dieu qui fait son apparition sur scène… enfin celui qu’on pourra forcément appeler le Gourou de la Soirée aka Monsieur Sébastien Tellier. L’artiste fait une entrée fracassante avec son délire sur l’alliance bleu. Il allume clope sur clope, ramène ses bières sur scène et parle au public comme s'il était au café du coin. Il y a tel décalage entre sa musique et sa prestation sur scène que forcément on rigole … et on ne vous parle pas des installations lumineuses qui viennent amplifier les excentricités du personnage ! C'est dommage que le public, essentiellement anglophone, n'ait pas pu comprendre toutes ses blagues car le show était parfait.

Nous assistons ensuite à une performance tout en sobriété de James Blake avant d'enchaîner sur le grand show de M83 qui s’est loué pour cette occasion les services d’un orchestre ! Le français, devenu un vrai américain sur scène ne transige pas avec l’improvisation…Effets, musique, c’est millimétré et ça dégouline parfois sur des arrangements qu’on verrait plutôt, à notre grand regret, dans le mainstream.

Vendredi, la soirée est toute aussi contrastée et il y a en a pour tous les goûts. Tout d’abord Chromatics, livre un concert plutôt simple, à la fois sobre et élégant, très fidèle au disque. Rien ne dépasse, tout met en lumière la sensualité de sa chanteuse Ruth Radelet.

On passera ensuite à coté de Robyn, l’ambiance était peut-être à son comble mais nos oreilles sont très vite irritées par la musique de cette suédoise qu’on aurait plutôt vu chez Dance Machine qu’au Pitchfork.

L’enchaînement avec Fuck Buttons est très brutal, on passe il faut le dire du coq à l’âne ! Le duo anglais fait exploser ses machines pour faire saigner nos oreilles avec leur électro noisy. Le son est fort, très fort même, on a le temps d’aller se positionner tranquillement pour le concert d’Animal Collective.

La première heure de leur set verra l’enchainement un peu mou de leur dernier album « Centipede Hz ». On est pourtant bien plongé dans l’ambiance, avec un décor démesuré représentant la bouche de la pochette de l’album. Une scénographie qui aurait pu sortir de l’esprit déjanté de Michel Gondry. Il faudra attendre que l’un des chanteurs d’Animal Collective, Panda Bear, aille au devant de la scène pour que la mayonnaise prenne vraiment avec les titres les plus forts de leurs albums précédents dont l’excellent « Brothersport » que le public reprendra en cœur ! Le final est vraiment dingue, il fallait donc rester jusqu’à la fin pour en avoir plein la gueule !

Samedi, c’est Liars qui fait la différence sur scène avec les groupes qui joueront précédemment comme Cloud Nothings ou Twin Shadow. Le groupe new yorkais joue la carte de la force tranquille, l’écran diffuse une scène de la vie ordinaire pendant que sur scène Liars donne tout ce qu’il a dans le ventre. Le public est encore un peu froid mais il se réchauffera très vite avec le rappeur trash de Sacramento pour bruler carrément sur la prestation des anglais de Breton qui remercieront encore une fois de plus la France de les avoir soutenu dès le début. Le groupe est en forme, pratiquement un sans faute autant pour leur prestation que leur musique pourtant pas toujours évident à sonoriser tant les couches d’instruments sont nombreuses.

Enfin arrive Grizzly Bear ! Le groupe nous fait rêver dès le début du concert… On est en apesanteur ! La scénographie, la musique, tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment.

Mais un incident extérieur au show viendra mettre un terme à cette soirée qu’on aurait voulu plus longue car le programme était alléchant avec Simian Mobile Disco, Disclosure, Rustie ou encore Totally Enormous Extinct Dinosaurs. Cette deuxième édition du Pitchfork restera un bon souvenir, 3 soirs de bonne musique le tout dans des conditions optimales ! On en redemande !