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“C’est les 20 ans ?” 

“Ha nan c’est la vingtième édition” 
“Ben donc c’est les 20 ans, non ?”
“Ben non, l’année prochaine ce sera les 20 ans”
“Ha ... (j’ai rien compris)”...
 
Passé les débats stériles sur cet anniversaire qui n’en était pas un (mais en fait si un peu quand même), cette édition de la Route du rock fut à la hauteur de nos attentes d’habitués, pour ne pas dire d’amoureux, du festival malouin.
 
Avec quelques cadeaux des organisateurs et de leurs amis pour l’occasion, certains qu’on aura saisis au passage : un karaoké guitare/micro très bricolé, spontané (certains diront à l’arrache), Katerinesque même et assez touchant finalement (mais rigolard hein) de Lonesome French Cowboy, ancien Little Rabbits. Ce joyeux drille est rejoint par un courageux Michel Cloup du groupe Expérience pour balancer sans façons des reprises des Velvets, Ramones et d’autres classiques plus ou moins de bon goût que l’alcool et la fatigue m’auront fait oublier par la suite. D’autres surprises nous ont totalement échappé, comme une session acoustique de Josh T. Pearson, chanteur de Lift to Experience) que l’on m’a narré comme un peu trop neurasthénique pour un anniversaire ... (description qui m’a rappelé mon ex-belle famille et que je vous epargnerai donc).

Et comme l’histoire du type qui voit le verre à moitié plein contre celui qui voit le verre à moitié vide, cette Route du Rock aura été mi-figue mi-raisin, avec des journées abondamment pluvieuses (c’est pas grave on dormait) mais des soirées et nuits de répit qui laissaient un terrain de jeu boueux pour des festivaliers parfois pris de court. Certains durent faire le deuil de leurs chaussures et pantalons, d’autres de leur autorisation de découvert pour des bottes certifiées pêcheur breton pour les garçons, ou motif à la cool et coupe mi-mollet pour les filles. Entre ceux qui marchaient en évitant les flaques et en se pinçant le nez et ceux qui envoyaient des saltos avant suivis de glissade sur le dos, on peut dire que chacun avait sa façon de gérer ce petit côté authentique du festival de rock qui peut dégénerer à tout moment (“t’as mis de la boue sur ma galette saucisse??!!! Mais t’es mort mec! ).

Sur scène, un florilège d’impressions contrastées pour des débats entre amis qui resteront une fois de plus dans les annales :
Massive Attack c’était mou, j’ai rien senti...” (sic)
“Mais t’es fou, j’étais reparti comme en 40, en fait j’aime toujours la trip hop, on m’avait menti”
“On dit LE trip hop tu sais”
“Ta gueule”
  
Mine de rien et si ça n’avait tenu qu’à moi, j’y aurais bien revu Local Natives, Beach House (même s’ils sont passés à la collection hiver), Port O’ Brien, Matt & Kim, Midlake cruellement absents de la prog de cette année ou de biens meilleures découvertes que Ganglians (qui de toutes façons ont annulé pour Thus:owls, un obscur projet des musiciens de Loney Dear et Patrick Watson qui a peiné à convaincre), Dum Dum girls qui avaient l’air cool comme meufs mais qui ont ennuyé avec leurs riffs monotones, et Serena Maneesh qui marchent sur les plates bandes de Sonic Youth et de My Bloody Valentine mais en se pétant un peu la gueule. 
 

 
Parmi les artistes qui font vraiment de la belle musique mais qui auraient mieux fait de repasser soit un autre jour, soit dans un autre lieu, on pense définitivement aux orfèvreries d’un Owen Pallett (anciennement Final Fantasy, et membre intermittent mais décisif d’Arcade Fire) qui paraissait bien esseulé malgré son incroyable talent à tout faire tout seul, en sampling, avec un violon qui sonne tantôt comme une basse, tantôt comme une caisse claire (on arrête pas le progrès). Malgré l’arrivée à mi-concert de son ami guitariste qu’on a absolument pas entendu, sa musique n’a pas vraiment pris corps à cette heure prématurée, semblant manquer cruellement de pied ou de rythme. On s’est pourtant laissé entraîner par moments par ses ballades symphoniques tout en réalisant avec sa fantastique reprise de Odessa  (Caribou) que son set et ses albums s'accommoderaient très bien de morceaux un tantinet plus dynamiques.

Dans la catégorie de ceux qui n’ont pas ménagé les moyens, il y eut deux destins : celui de Yann Tiersen et ses 15 musiciens (dont Laetitia Sheriff, Matt Elliott et Josh T Pearson dans les choeurs) qui ne m’ont emmené que sur deux morceaux où la sauce avait vraiment pris, et qui m’ont laissé un peu froid sur des morceaux tantôt un peu brouillon (pas facile de jouer à autant?), tantôt avec un son qui restait trop en dedans de la scène, qui ne venait pas envelopper son public. 

L’autre destin fut celui prémédité des Flaming Lips, qui comme de grands enfants ont lâché ballons géants, ont fait exploser leur canons à confettis qui volaient comme des paillettes de neige dorée et ont soigné l’arrivée (et l’ego) de leur leader Wayne Coyne enfermé dans une bulle transparente qu’il fit rouler un moment porté par son public. Un grand gamin dont on voyait la trogne réjouie et suante en gros plan grâce à une petite caméra fisheye habilement placé sur le haut de son pied de micro. Ce grand enfant (qui doit être un bon petit queutard quand même à la vue des jeunes filles nues projetées en couleurs psychédéliques sur l’arrière-scène) s’est amusé comme un petit fou en chaussant des mains géantes qui ont tout à coup projeté des lasers sur l’assemblée.
Beaucoup de gimmicks visuels qu’on aura déja vu chez d’autres (Iron Maiden pour la bulle géante, si, si !) ou dans de précédents concerts des Lèvres Enflammées, mais une euphorie musicale psychédélique intacte. Car quoi qu’en disent les mauvaises langues qui n’y trouveront qu’un attrait festif et visuel, la musique est bien là, avec ces chansons qu’on ne se lasse pas de chanter avec eux, quitte à finir avec la voix aussi cassée que Wayne (OOOHOOO YOSHIIMIIIII, THEY DON’T BELIEVE MEEEE...).

On réservera le haut du tableau, celui des concerts qui frôlent la perfection si elle existait en musique, aux Black Angels, à The National, Foals, The Rapture mais encore plus à Caribou. Aux Black Angels car il fallait un vrai groupe de rock psychédélique, celui d’un son authentique, celui qui rend les américains inimitables, avec cuir, santiags, voix nasillarde et des passages de blues saturé et lourd, un son terrestre si bien foutu qu’il t’enveloppe et te retiens. A croire que ces anges noirs t’ont forcé à prendre des champignons mexicains et propulsé dans le parc de Joshua’s tree à la recherche de ton identité. Les B.A se sont même payé le luxe de nous présenter de nouveaux morceaux extraits de leur prochain album qui renouvellent leur musique vers quelque chose d’encore mieux foutu. Et ça c’est vraiment ce que j’ai envie de ressentir à la fin d’un concert.
 

 
The National faisait aussi partie du peloton de tête pour cette classe bluffante, cette profondeur et cette générosité qui les a habités pendant plus d’une heure. On a vraiment senti que leur relation au public français dépassait celle d’un groupe qui ne fait que passer, jouant une date parmi tant d’autres dans une tournée. Et cet attachement, ils l’ont rappelé à la fois en musique et en mots, adressés au salles et aux publics qui ont su les apprécier avant les autres, mais aussi à leurs amis français proches qui les ont accompagnés pour l’occasion. Et le public ne s’y est pas trompé, chacun reprenant les paroles de sa chanson préférée, “Terrible love“ pour certains mais en ce qui me concerne une mention spéciale pour “Bloodbuzz Ohio” qui m’a emmené très loin en live.

Continuons d’évoquer ce tableau d’honneur avec trois sensations se sont adressées autant aux pieds qu’aux oreilles : Caribou, Foals et The Rapture. Dan Snaith a autant opéré une refonte de ses musiciens en live qu’il a viré vers l’électronique sur album. De nouveaux petit caribous pour accompagner papa Snaith, le génie de la production et un pari gagné : celui de retranscrire sur scène et avec musiciens un album qui virait pourtant très House. Ce live a révélé une profondeur Indie rock psychédelique qu’on faisait bien plus que soupçonner sous la production très électro, et qui fut au final bien au delà d’attentes pourtant déja grandes. Impeccable vocalement, avec l’apparition d’un nouveau chanteur en la personne du bassiste, qui prête sa voix bien au delà des choeurs sur certaines chansons (bon point n°1 : Dan n’est pas égoiste, il prête ses jouets). Impeccable aussi musicalement avec assez de digressions par rapport à l’enregistrement, particulièrement sur le titre “Sun” parti très très loin en impro à partir du motif d’origine pour mieux y revenir (bon point n°2). Mais aussi assez de minuscules imperfections pour rappeler que Caribou est un groupe qui joue TOUT en live et refuse la froideur métronomique d’un live machine (bon point n°3, avec le super bonus du batteur qui use autant de pads que de batterie acoustique).  
 

 
Foals, pour leur part, ont fort heureusement joué beaucoup de titres de leur très mathématique premier album, faisant voler la boue sous les pieds des festivaliers mais s’en sont très bien sorti aussi avec les titres plus profonds et fouillé de TotaL Life Forever. Un groupe qu’on ne se lassera décidément jamais de revoir.
 
Finissons ce report comme nous avons fini le festival, avec le set très dansant de The rapture qui nous ont fait réaliser qu’en fait, ils nous manquaient après trois ans d’absence. Enchaînant “House of jealous lover”, “whoo alright yeah uh huh” et “Get myself into it”, ils ont laissé les festivaliers au bout d’une heure et sans rappel avec une très grosse envie de reviens-y que nous sommes aller consoler dans la traditionnelle fête bénévole. Une orgie (au sens propre comme au sens sale) emmenée par les mixs des résidents 2010 du festival : les Magnetic Friends et Etienne Jaumet. Et une fête à propos de laquelle nous tairont les comportements dont nous avons été témoins... ou auteurs... Allez savoir...