Bernhard Fleischmann est un producteur dont les oeuvres ont couvert un large spectre de musiques exploratoires, d’instrumentaux d'intelligent Dance Music glitchy aux guitares post-rock, jusqu’à des formats longs d’electro-acoustique enregistrés en concert avec des musiciens. Mais ses albums sur le label allemand Morr Music ont progressivement mis l’accent sur la compositions de chansons plus electronica-pop, et son album de 2012 I’m Not Ready for the Grave Yet le voyait livrer une collection de chansons contemplatives sur la vie, la mort et l’existence, avec son propre chant côtoyant d’autres samples vocaux.  

Son nouvel album Stop Making Fans est d’un format plus étendu et apparaît plus ambitieux, avec quelques chansons cyniques et un peu paranoïaques mais toujours aussi accrocheuses. Mais rien de surprenant alors que le titre de l’album Stop Making Fans semble être un hommage non dissimulé à l’album Stop Making Sense des Talking Heads et qu’un titre de l’album s’intitule d’ailleurs “We’ve Heard The Talking Heads Talking”. Et si Bernhard Fleischmann est loin d’avoir la voix toute en tensions de David Byrne, ses paroles en revanche expriment énormément d’angoisse et d’inquiétude.

Le premier morceau par exemple a beau avoir un tempo plutôt détendu, les paroles paraissent plus amères lorsqu’il dit “A hundred times I've been told/My rhymes are too old”.

 

D’autres titres sont plus agressifs comme le morceau de pop technoïde “You’re The Spring” ou le plus complexe “Wakey Wakey” qui parvient à mélanger des rythmiques footwork avec des notes de guitares qui semblent être jouées par un guitariste de groupes math-rock comme Battles ou Errors.

D’autres morceaux sont en revanche plus festifs ou ludiques comme celui qui a donné son nom à l’album, “Stop Making Fans”, ou “There Is A Head” même si la tension y est toujours palpable. “It’s Not Enough” est un hymne au plaisir de se perdre dans la danse pour oublier ses soucis, avec Gloria Amesbauer en invitée pour répéter le titre du morceau à l’envie sur des rythmes disco cheaptunes.

L’album Stop Making Fans révèle finalement le conflit intérieur de l’artiste de pop expérimentale qui cherche toujours l’équilibre entre liberté artistique et accessibilité, et cela passe pour Bernhard Fleischmann par l’exploration d’une grande variété de styles.

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